[Page principale | La Bible | la Foi - l'Évangile | Études Bibliques]

VUES SCRIPTURAIRES

SUR LA

 

QUESTION DES ANCIENS

en réponse à l’écrit intitulé :

 

FAUT-IL ÉTABLIR DES ANCIENS ?

 

par J. N. DARBY.

 

Ed. Georges Kaufmann, Libraire, Genève 1849

 

Table des matières :

1       Chapitre 1

2       Chapitre 2

3       Chapitre 3

4       Chapitre 4

5       Chapitre 5

6       Chapitre 6

7       Chapitre 7

 

 

1         Chapitre 1

On a de la peine à croire que les plus précieuses vérités, des vérités qui, reçues de Dieu, sont une source de joie et de bénédiction pour nos âmes, produisent de la controverse et des combats pénibles.

Il faut en prendre son parti.

Ce sont précisément ces vérités-là dont la dissémination rencontre toute l’inimitié de la chair, et toutes les préventions des âmes habituées aux choses qui ne peuvent subsister en présence de ces vérités.

Je vais occuper mon lecteur d’une nouvelle phase de la controverse à laquelle le témoignage de Dieu, dans ces derniers jours, a donné lieu.

Il est vrai que les points fondamentaux ont été assez discutés ; mais, la vérité ayant fait un progrès immense, ceux qui s’y opposent changent complétement le terrain sur lequel le combat est engagé (*). Il faut donc répondre à ces nouvelles attaques dirigées contre la vérité, et à de nouveaux raisonnements destinés à la défense de l’erreur.

 

(*) Le fond de la question n’est pas nouveau. Il s’agit du principe de M. Rochat quant à l’établissement des Anciens. Ce qu’il y a de nouveau, c’est qu’à côté de cela on veut une église plus ou moins de multitude. La conséquence en est que l’on met indirectement la discipline de côté, et que, tout en cherchant à se conserver une position cléricale, il y a de l’irritation contre la véritable église de multitude et contre le vrai clergé, qui d’avance a franchement occupé le terrain.

 

Dans le cas qui nous occupe maintenant, la défense de l’ancien ordre de choses a été entièrement abandonnée. On a abandonné, comme n’étant pas selon la Parole de Dieu, la plupart des choses qui, depuis longtemps, étaient en butte à diverses attaques ; et non seulement on les abandonne, mais on les signale avec force comme mauvaises. Ceux qui, depuis plusieurs années, ont rendu témoignage contre ces choses, en parlent avec plus de calme.

Selon nos adversaires actuels, le clergé est du Diable (*).

 

(*) C’est ce que l’auteur de la brochure : Faut-il établir des Anciens ? a hautement déclaré et professé devant un grand nombre de témoins, pour se servir de ce point de départ dans les raisonnements par lesquels il a attaqué moins les principes scripturaires des frères qui assistaient à la conférence, que les écrits publiés pour les expliquer et les soutenir.

 

Selon eux, encore, l’unité visible de l’Église est perdue.

Voilà, du moins, bien du terrain gagné. On aurait pu croire la controverse terminée.

Non. On ne reçoit pas toujours la vérité, même lorsque l’on est réduit à confesser que l’on est dans l’erreur. Il n’y a de changé que le terrain du combat. Et, en se transportant sur un terrain nouveau, on cherche par-là à rendre inutile une partie de ce qui a été écrit sur ces matières. Comme on ne justifie plus l’ordre de choses actuel, les attaques dirigées contre lui sont maintenant, disent-ils, un hors-d’œuvre. Mais constatons bien le fait. Si on ne le justifie plus, c’est parce que l’on a accepté les conclusions de ceux qui ont rendu ce témoignage.

Les a-t-on acceptées au fond de la conscience devant Dieu, pour se placer humblement dans la position qui découle de l’admission de ces principes ? Hélas ! nullement. On se borne à dire que, depuis les premiers siècles, il est vrai, tout a été corrompu ; que l’ordre établi de Dieu a été abandonné, et que l’ordre de choses qui en est résulté est du Diable. Il est vrai, dit-on encore, que l’unité visible de l’Église a été détruite ; mais on ajoute : Je peux la rétablir tout aussi bien que les Apôtres ; et ceux qui ne se soumettent pas à ce que j’ai établi, sont les ennemis de l’unité de l’Église.

Les faits sont admis par l’intelligence, pour donner lieu à l’action prétentieuse de la volonté de l’homme. La vérité n’a pas pénétré dans la conscience, pour la placer dans l’humiliation devant Dieu.

 

2         Chapitre 2

À Genève, il fallait ou engager certains frères à se rallier à la nouvelle Église libre, fondée sous le nom d’Église évangélique de Genève, ou bien jeter du discrédit sur leurs principes, et ainsi, de manière ou d’autre, détruire le témoignage rendu à la vérité. Il est possible que ce témoignage ait été rendu avec beaucoup de faiblesse, et à travers des fautes et des manquements sous tous les rapports. C’est ce que les frères qui l’ont rendu ne nieraient pas. Ils confesseraient tout cela devant Dieu et devant les hommes. Mais le témoignage était là. Plus ceux qui le rendent se tiendront dans l’humilité, mieux ils s’en trouveront.

Le détail des démarches, de la correspondance et des conférences qui ont eu lieu n’apporterait pas grand profit au lecteur Il s’agit, pour les chrétiens, de la marche qu’ils ont à suivre pour glorifier Dieu (*).

 

(*) Sans cela, je n’aurais certainement jamais pris la plume. J’ai toujours trouvé qu’à l’égard des attaques, la meilleure chose c’était de laisser faire et de poursuivre mon œuvre. Ici, la question de l’Église libre et celle de l’établissement des Anciens ont été mises en avant, avec l’accusation que les frères reniaient l’autorité de la Parole. Ces questions préoccupent les esprits. En y répondant, je me bornerai à ce qui sera nécessaire pour faire voir que l’accusation n’est pas fondée. Sans la question générale, je n’y aurais jamais répondu du tout. Encore le lecteur trouvera-t-il la réponse reléguée dans une note, réponse dont le contenu n’a trait qu’au sujet en controverse.

 

La question est très-sérieuse. On admet que, quant à son unité visible, l’Église est en ruine. On professe que le clergé, sur lequel cette unité visible a reposé depuis seize siècles, n’est pas selon Dieu. Mais on prétend que, mettant de côté ce clergé, nous pouvons rétablir ce qui existait au temps des Apôtres, tel qu’ils l’avaient eux-mêmes établi.

C’est, on en conviendra, une prétention d’une haute portée, et on se compromet gravement en s’y rendant et en se soumettant à ceux qui l’affichent, si, après tout, c’est une prétention non autorisée de Dieu.

Les chrétiens de Genève sont-ils en état de rétablir l’organisation de l’Église dans l’état primitif dans lequel les Apôtres l’ont laissée, et qui, de l’aveu de tous, n’existe plus ?

Aussi, je ne le nie pas, puisqu’ils ont arboré cette prétention, c’est une chose grave que de la repousser, si vraiment la chose peut se faire. Il faut regarder plus loin qu’aux individus. Lors même que ceux qui l’ont entreprise n’en seraient pas capables, si la chose est possible, si elle est selon la volonté de Dieu, on devrait bien se garder d’y mettre obstacle, et de décourager ceux qui cherchent à la réaliser. Une pensée qui, d’ailleurs, agira avec puissance sur une âme consciencieuse, sur une âme pénétrée d’amour pour l’Église, c’est la crainte de limiter l’énergie de l’amour de Dieu envers son Église. C’est le reproche de l’Esprit de Dieu à Israël : ils ont limité le Saint d’Israël. Il est clair qu’en elle-même, et abstraction faite de toute autre considération, de toute connaissance des voies et des jugements de Dieu, ce serait une chose infiniment précieuse que de voir l’Église briller dans sa beauté primitive, dans l’unité et dans l’ensemble qu’elle a eus au commencement. Pour ma part, j’ai si peu de foi que je crains toujours de mettre en question la marche de celui qui parait, en avoir davantage. Il est certain, au moins en suis-je pleinement convaincu, que nous pourrions et que nous devrions réaliser infiniment plus de cet état primitif que nous ne l’avons fait. De sorte que je suis bien loin d’être disposé à susciter des obstacles à la réalisation de bien des choses qui n’existent pas, pourvu que cette réalisation procède de la foi et de l’Esprit de Dieu.

Mais il s’agit ici d’une prétention bien positive, et c’est à cela que nous avons à répondre.

Néanmoins, je me trouve à cet égard dans une position un peu singulière. L’encre n’est guère sèche de ma réponse à une attaque venant du même côté (*), par laquelle nous étions accusés de faire un code de l’Évangile, et dans laquelle on s’opposait à nous en insistant sur la fausseté du principe qui considère, comme obligatoires maintenant, les ordonnances primitives des Apôtres. La Parole de Dieu ne fait pas loi en pareilles matières, disait-on en nous blâmant.

 

(*) Je ne dis pas de la même personne. Voyez, dans le Coup-d’œil sur divers principes, etc., ce qui concerne les attaques du journal La Réformation. Dans le blâme qu’il a récemment distribué au Coup-d’œil, ce journal revient à la charge en ces mots : « Notre réponse est facile. Montrez-nous l’Écriture elle-même se donnant pour un code ecclésiastique, et attribuant une valeur universelle et obligatoire aux paroles qu’elle peut renfermer sur ce sujet. Montrez-nous cela, et nous nous rendons. Mais pourquoi l’affubler d’un rôle auquel elle n’a jamais prétendu ? »

 

Ma réponse à ces reproches, tout en confessant l’incapacité humiliante où l’Église se trouve de rétablir certaines choses qu’elle a perdues, maintenait toute l’autorité de la Parole à tous égards.

N’est-ce donc pas une chose un peu surprenante, que de voir ceux qui décriaient, à qui voulait les entendre, le système d’évangile-code, nous accuser aujourd’hui de désobéissance, et même de blasphème (car ils en sont venus là), parce que l’on ne se soumet pas à eux, lorsqu’ils insistent sur ces mêmes ordonnances, y ajoutant la prétention d’être en état de les remettre en vigueur ?

S’il ne s’agissait que de la controverse, il suffirait de les inviter à se répondre à eux-mêmes. Et pourquoi, lorsque, en apparence au moins, il s’agit tout simplement pour vous de vous maintenir, au milieu du mouvement universel, dans une autorité qui vous échappe, voudriez-vous nous imposer ce chapitre de ce que vous appelez avec mépris Évangile-code, et nous imposer celui-là en biffant tout le reste comme ne faisant pas loi, et en repoussant, en principe, la perpétuité obligatoire de ce qui s’y trouve, en niant même l’existence de ce caractère obligatoire en dehors de l’occasion même qui a donné lieu à la direction apostolique ? Vous auriez dû, au moins, laisser au public chrétien le temps d’oublier ce que vous alléguiez il y a six mois, et que vous répétiez il n’y a pas six semaines.

Mais la chose est trop sérieuse pour la traiter ainsi, car il s’agit des intérêts de l’Église de Dieu. II s’agit de s’assurer de la vérité, et d’y marcher par la puissance de la précieuse grâce de Dieu. Il ne suffit pas de démontrer les erreurs de ceux qui s’y opposent, triste emploi de son temps, infructueux pour soi-même et trop souvent aussi pour eux.

Après avoir abandonné sa position normale et ses ordonnances primitives, l’Église est-elle capable, ce péché commis, de rentrer, comme de droit, dans cette position-là, et de rétablir tout ce que les ordonnances longtemps abandonnées avaient établi, sans tenir compte ni de sa chute, ni de la ruine qui en résulte ? (*)

 

(*) On verra que c’est à cette question que s’appliquent les vues générales de l’écrit de notre frère, M. Foulquier. Il soutient que Dieu ne rétablit pas l’état primitif d’un ordre de choses déchu entre les mains des hommes. Nous examinerons, plus bas, la réponse de l’auteur anonyme de la brochure : Faut-il établir des Anciens ? que, pour abréger, nous appellerons : l’auteur anonyme.

 

Un autre point de vue, sous lequel on a envisagé le droit d’établir un système ecclésiastique, c’est celui que nous venons de signaler, savoir, que la Parole n’est d’aucune autorité en ce cas (*), et qu’il faut se jeter hardiment sur le terrain de l’ordre humain et de la liberté évangélique.

 

(*) Malgré les accusations de blasphème dirigées contre les frères, le rédacteur de La Réformation n’a pas craint de soutenir sa thèse dans un article que ce journal a récemment consacré au Coup-d’œil.

 

Ayant fortement combattu, dans le Coup-d’œil, pour la pleine et entière autorité de la Parole, je n’ajoute rien ici sur ce point.

C’est du premier point que nous avons à nous occuper.

Mais, avant d’entrer en matière, je me permettrai de mettre devant les yeux du lecteur quelques faits relatifs à Genève, parce que ces faits jettent du jour sur la question de l’établissement des Anciens, et sur la position des frères de l’Ile à l’égard de ces choses.

 

3         Chapitre 3

Étant venu, il y a onze ans environ, à Genève, parce que l’on m’avait dit que j’y trouverais des frères qui se réunissaient à peu près comme nous, et y étant venu sans aucun dessein de travailler dans ce pays-ci, je trouvai les pasteurs du Bourg-de-Four divisés entre eux, et le troupeau tenant, de son côté, des réunions dans le but de juger de leurs attributions (*). Après quelque hésitation, je cherchai à les rapprocher et à réparer la brèche, œuvre à laquelle, comme étranger, je pouvais me mettre sans entrer dans des détails pénibles. Par la grâce de Dieu, je réussis, et la paix fut rétablie. Ce sont les principes de la ruine de l’Église qui ont puissamment contribué à cela, en ce que je maintenais l’autorité des épîtres à Timothée et à Tite, tout en reconnaissant que l’état actuel des choses mettait obstacle à ce que nous les suivissions à la rigueur sur la question des Anciens, ce qui eut pour effet de modérer les esprits. Je n’ai qu’à rendre témoignage à la bienveillance et à l’affection que, dans ce temps-là, j’ai rencontrées, soit chez les pasteurs, soit chez les frères. J’ai joui de leur hospitalité. Dieu m’est témoin que je n’ai cherché que leur bien. Il y avait dans leur système plus de formalisme que je ne l’aurais souhaité (**) ; mais je le supportai, en évitant certains détails qui gênaient ma conscience, tels que les votations, auxquelles, comme étranger, je n’étais évidemment guère appelé à prendre part, quoique bientôt lié étroitement avec le troupeau. Pendant quatre ans, je travaillai au maintien de la paix et de l’unité, engageant les frères à se souvenir que, quoiqu’il pût se trouver des choses qui les gênassent, les trois pasteurs avaient été le moyen de rassembler le troupeau, et que ce fait, ainsi que leur œuvre, était une source légitime d’influence, et leur donnait droit au respect des frères.

 

(*) Je ne doute pas aujourd’hui que la question du clergé ne fût au fond de tout cela ; mais je n’en avais aucun soupçon alors, et je m’y suis intéressé pour gain de paix au milieu des frères.

(**) Outre d’autres choses, je ne reconnaissais pas le principe de l’élection des pasteurs par le troupeau.

 

Plus de six mois avant la rupture qui eut lieu à la Pélisserie, à l’occasion d’une conférence entre les pasteurs et le troupeau, un des pasteurs me fit dire de n’y pas venir, vu que je n’étais pas membre du troupeau. Cette communication me fut faite dans un moment où j’étais fort incertain de savoir si je devais, ou non, assister à cette réunion. Toute incertitude cessa et je répondis : « Eh bien ! je ne savais trop que faire ; voilà mon chemin bien clairement tracé... » Je n’ai jamais pris part à la marche de la Pélisserie dès ce jour-là. J’ai quitté Genève, et me suis complètement abstenu de toute intervention.

Pendant un séjour ailleurs, et lorsque mes relations avec le troupeau étaient tout à fait interrompues, des difficultés s’élevèrent au milieu d’eux au sujet d’une réunion pour la lecture de la Parole, réunion contre laquelle les pasteurs élevaient quelques objections. L’un d’entre eux a désigné lui-même comme un coup d’état de leur part, l’acte qui a eu pour résultat la retraite des frères dont la réunion a formé le premier noyau de l’assemblée de L’Ile. Je n’ai été en rien ni averti de ce qui se passait, ni consulté à ce sujet. Je n’en ai eu connaissance que plus tard. À l’ouïe de ces choses, je désespérai d’un rapprochement. Après six ans de débats, il s’agissait du principe clérical formulé d’un côté, et de la négation formelle de ce principe de l’autre. Plus tard, l’un des pasteurs s’adressa à moi pour m’engager à travailler à un rapprochement. Les difficultés tenaient à une estrade de laquelle on distribuait la Cène, et où les pasteurs seuls se tenaient. L’estrade est peu de chose, me disait-il. C’est, disait ma réponse, un drapeau qui symbolise un principe. Que les pasteurs se mettent à la table avec les frères, et ils pourront être sûrs de jouir de plus d’influence qu’en insistant sur leurs droits. Je désire cordialement, pour ma part, qu’ils aient toute l’influence que leur œuvre leur a acquise.

Bien qu’il soit vrai que la question se soit dès lors fort développée, je tiendrais encore aujourd’hui le même langage. Et, quoique le troupeau de Genève ne fût pas tout ce que j’aurais désiré, que je ne pusse approuver ni l’élection des pasteurs par le troupeau, ni le principe dissident qui prenait plus ou moins de place dans sa constitution, je puis dire que le souvenir de mes premières relations avec lui m’a toujours rendu cette brèche infiniment pénible. Un des pasteurs, dont j’ai parlé plus haut, a dit à un frère anglais que, si j’eusse été là, assurément la division n’aurait pas eu lieu. Cela est très-possible. Dieu avait d’autres pensées. Et je crois, en effet, eu égard à tout ce qui s’est passé dès lors dans le monde religieux, et au développement des principes qui étaient au fond de la question qui agitait l’assemblée, que la position n’était pas tenable. La division n’en a pas moins été pour moi une chose pénible sous tous les rapports. J’ai dû désespérer d’y porter remède. Si les pasteurs avaient consenti à se placer à la table lorsqu’on prenait la Cène, rien ne m’aurait empêché de l’essayer. La question du clergé était là.

Voilà, quant aux Anciens, jusqu’où j’ai pu aller. J’ai pu, avec joie, reconnaître leur existence pratique, lorsqu’ils s’étaient adonnés à l’œuvre, et y avaient reçu le témoignage de Dieu. Veut-on les nommer ? Je m’arrête. Sans m’être formalisé quant à la porte par laquelle ils sont entrés, je les ai reconnus d’après mes principes, lorsque je les ai trouvés à l’œuvre. Lorsqu’on affiche leur nomination comme un principe, il faut se décider (*). Toute la question de savoir ce que c’est que l’Église, quel est son état, quelles sont les bases de ses relations avec Christ, quelle est sa responsabilité, la marche qui lui convient dans son état de chute, tout est compromis. Sinon, mon esprit se porte de préférence sur de tout autres sujets que celui de la nomination des Anciens. Christ est trop précieux, les temps trop sérieux, pour s’arrêter à de tels points.

 

(*) C’est bien évidemment le principe de notre frère, M. Foulquier ; car il se plaint de ce qu’on fait reposer l’autorité des Anciens simplement sur leur nomination par les hommes, quand on dit que, sans cela, on ne peut leur obéir. Et, sans nier qu’au commencement ils aient été officiellement établis, ce n’en est pas moins un fort mauvais principe que de nier, dans le cas où Dieu en aurait manifesté, qu’on puisse leur obéir, si l’homme n’a pas pris part à leur établissement ; car c’est substituer l’obéissance de droit humain à l’obéissance spirituelle et scripturaire d’un cœur nouveau. Je signale ici une inconséquence que l’on m’a imputée, parce que, d’un côté, je veux les reconnaître lorsqu’ils sont manifestés, et que, de l’autre, l’on n’a ni le discernement ni l’autorité nécessaires pour les nommer. Il n’y en a aucune. — Reconnaître, c’est l’acte humble, convenable ; c’est le devoir de tout croyant, lorsqu’il voit une œuvre quelconque de Dieu. Nommer, c’est un acte d’autorité. Lorsque la chose est manifestée, elle n’exige pas de discernement, et je la reconnais ; mais, pour exercer un acte d’autorité en établissant des hommes dans cette position, j’ai besoin de discernement. Si je trouve sur un mauvais terrain de magnifiques récoltes, ou la paix dans une population remuante, je reconnais, sans autre, le bon agriculteur, le chef habile. Mais, pour choisir l’intendant d’un domaine ou le président d’une république, il faut que je m’entende à l’agriculture ou à la politique ; que, de plus, je me connaisse en hommes ; et, enfin, que j’aie l’autorité nécessaire pour cela.

 

4         Chapitre 4

J’en viens à la brochure : Faut-il établir des Anciens ?

Son auteur, et ceux qui, avec lui, s’opposent à la vérité, peuvent être assurés qu’ils ont tout autre chose à faire qu’à se réjouir de l’occasion, que la phrase mal tournée d’un frère leur a offerte, de fausser et de noircir les principes des frères. Ils ont affaire à Dieu, qui garde sa vérité ; à Celui qui humilie les siens lorsqu’ils en ont besoin, mais qui saura juger ceux qui s’opposent à Lui et à sa vérité.

J’aborde donc le fond de la question (*).

 

(*) Après avoir abandonné sa position normale et ses ordonnances primitives, l’Église est-elle capable, ce péché commis, de rentrer, comme de droit, dans cette position-là, et de rétablir tout ce que les ordonnances longtemps abandonnées avaient établi, sans tenir compte ni de sa chute, ni de la ruine qui en résulte ?

La question, telle que je l’ai posée, et elle est toute là, fait comprendre, sans aucune difficulté, la phrase de notre frère, M. Foulquier : « Lors même qu’il y aurait un commandement positif, je ne m’y soumettrais pas, vu l’état de l’Église ». La forme de sa proposition me parait vicieuse, en ce qu’elle prête à l’idée d’un refus de la volonté ; mais le sens en est très-évident, savoir, que l’état actuel de l’Église ne permet pas d’accomplir ce qu’exigerait un pareil commandement, s’il existait dans la Parole, et que, dans le cas où, sous prétexte d’obéissance, on prétendrait établir des Anciens d’après un tel commandement, il ne pourrait s’y soumettre, à cause de l’état de l’Église, motif exprimé, d’ailleurs, par notre frère, d’une manière tout à fait explicite. L’autorité de la Parole n’était donc nullement mise en question. Que cette expression ait pu, sur le moment, effrayer une âme droite, ignorant ce dont il s’agissait, je le comprends ; et il aurait été à désirer que notre frère, M. Foulquier, y eût fait attention. Néanmoins, le sens en est évident.

Le manuscrit de notre frère, M. Foulquier, publié par l’auteur de la brochure : Faut-il établir des Anciens ? fait allusion, dans le passage incriminé, à ce qui a été dit dans une conférence publique, et n’en rapporte qu’une partie. Au reste, tous sont d’accord à l’égard de ce qui y a été dit. Notre frère Foulquier m’a dit avoir ajouté : « ce n’est que rétablir le clergé ».

Il faut se souvenir que cette parole, à l’occasion de laquelle on a si fort crié au blasphème, a été prononcée à la fin d’une longue discussion sur le rétablissement des Anciens, comme s’il y avait dans la Parole de Dieu un commandement formel à ce sujet. Et c’est à la suite d’une discussion de détails, sur la question de savoir s’il existe un commandement de nommer des Anciens, que Foulquier a dit : « Lors même, etc.... vu l’état de l’Église ». Toute fautive que l’expression ait été, et je l’admets, je ne comprends guère, pour ma part, que, si, de bonne foi, l’on désirait comprendre, on ait pu s’y méprendre, vu le sujet dont on s’occupait et le motif énoncé, savoir : « vu l’état de l’Église ». Sur le moment même, notre frère, M. Kaufmann, dit que chacun savait que notre frère, M. Foulquier, ne rejetait pas un commandement.

Ayant mentionné la brochure : Faut-il établir des Anciens ? Il est nécessaire d’exposer un peu les faits.

En faisant allusion à quelques circonstances, dont la connaissance jette une lumière nécessaire à l’intelligence de la question que nous traitons, je me borne à ce que la brochure en question a rendu indispensable.

Dès l’entrée de sa brochure, l’auteur avance que Foulquier a lu le manuscrit auquel il répond, dans une assemblée de personnes qui partagent, comme F., les principes de M. Darby, et il ajoute : « Aucune de ces personnes, à notre connaissance, ne l’a désavoué ni contredit. Ce silence.... nous autorise peut-être à l’envisager comme l’expression la plus récente, à Genève, des principes de nos frères de L’Ile.

Cela fait comprendre ce que l’auteur entend par une assemblée, et son désir de faire retomber sur les frères la responsabilité du manuscrit de M. Foulquier.

Voici les faits :

Ce manuscrit n’a jamais été lu ni dans l’assemblée de ces frères, ni dans une assemblée, ni dans une réunion quelconque. Non-seulement cela, l’auteur anonyme avait eu, en présence de plusieurs personnes de son bord, des conférences avec quelques-uns de ces frères, dans lesquelles notre frère, M. Guillaumet, qui s’était occupé de ce sujet, avait lu un tout autre écrit, destiné à exposer les vues des frères sur le point en discussion. Après les conférences, l’auteur anonyme a eu entre les mains l’exposé de M. Guillaumet.

Ce n’est pas tout.

L’auteur anonyme revenant, en d’autres occasions, sur les paroles du frère Foulquier, comme décelant les principes du système, et rendant l’assemblée de L’Ile responsable du principe qu’il prétendait y trouver, et qu’il dénonçait comme une si grande iniquité, celui qui avait été l’organe principal des frères, dans les conférences, lui adressa le billet suivant :

« Je viens d’apprendre, avec bien de la peine, que la parole prononcée par Foulquier, dans notre dernière conférence, et qui lui est tout à fait personnelle, a été colportée par plusieurs et présentée comme un principe, et non-seulement cela, mais comme le principe de l’assemblée. Je déclare solennellement que c’est une insigne calomnie, et que les frères de L’Ile marchent appuyés sur la Parole de Dieu, et rien que sur cette Parole, rejetant toute tradition et toute organisation humaine. Au reste, notre frère m’a expliqué le sens qu’il donne à ses paroles, sens qui est bien loin de ressembler à celui qu’on leur a donné. Il rejette, non pas le commandement, mais l’application qu’on en fait. Quelle différence ! Je vous prie de faire valoir cette lettre auprès des frères, afin de les rassurer sur notre frère Foulquier. Adieu en Celui qui a dit de pardonner sept fois septante fois, et qui le fait toujours à notre égard ».

 

Cette communication a été faite à l’auteur anonyme longtemps avant la publication de sa brochure.

Du moment où le manuscrit de Foulquier fut tombé entre ses mains, il lâcha l’écrit qui avait été lu à la conférence, pour s’occuper de celui-ci. Il l’a publié, ou, s’il veut, il lui a donné une demi-publicité, sans en demander la permission à Foulquier, sans l’en avertir, en déclarant, sans preuves et sans fondement, qu’il avait été lu dans une assemblée de personnes qui partagent les vues de M. Darby, ajoutant que personne ne l’avait ni désavoué ni contredit.

Quant au manuscrit de notre frère Foulquier, en voici l’origine et l’histoire.

Dans un moment où les frères de L’Ile refusaient d’assister aux conférences provoquées, un frère, M. L., se rendit auprès de M. Foulquier pour les engager à s’y rendre, ajoutant qu’ils ne seraient pas nets du sang de leurs frères, s’ils refusaient de leur faire part des lumières qu’ils croyaient posséder. En conséquence de cette parole, Foulquier, après les conférences, a communiqué à M. L. un manuscrit de quelques pages, pour exposer son idée générale des voies de Dieu en rapport avec cette question. Plus tard, M. L. ayant demandé s’il pouvait le faire voir à d’autres personnes, Foulquier lui dit qu’il pouvait le faire voir à qui il voudrait, et que lui, Foulquier, en faisait de même de son côté. L’auteur anonyme s’étant adressé à Foulquier lui-même au sujet des paroles dont on a tant parlé, en lui demandant en même temps s’il suivait l’inspiration de l’Esprit sans la Bible, Foulquier lui a répondu que non : qu’il ne maintenait rien que ce qu’il croyait autorisé par la Parole ; qu’il ne savait pas s’exprimer aussi bien qu’il le voudrait ; mais que, pour le fond, il ne pouvait pas le retirer, et que, quelle que fût la forme, les objections de l’auteur anonyme n’en seraient probablement pas moins les mêmes.

 

Je dis hautement que je crois le fond de la pensée qui a été mise en question, parfaitement juste, et que toute la question est là ; question trop sérieuse pour qu’on l’écarte par une discussion personnelle. L’expression en a été, il est vrai, inexacte, et je crois qu’il y a quelque chose à blâmer en ce qu’elle n’a pas été assez pesée devant Dieu (*). Mais je crois que rejeter la pensée est un manque de conscience et de cœur envers Dieu. Ce me semble être la prétention de l’orgueil humain, au moment où Dieu appelle à l’humiliation et à l’abaissement. Si, dans un tel état, l’on eût senti qu’on reconnaîtrait, de fait et de cœur, ceux que Dieu avait manifestés comme de véritables Anciens au milieu de tout le troupeau de Dieu à Genève, je n’aurais eu qu’à m’en réjouir. Les âmes, hélas ! n’en sont pas là. Ce qu’on a fait en est bien loin. On a dit qu’on ne pouvait pas obéir à ses conducteurs spirituels, à moins qu’une commission préparatoire et une élection populaire ne les eussent établis. Sur quel commandement repose l’existence de cette commission ? Sur quel commandement repose le choix qu’on a fait de cette commission, ainsi que l’ancienne commission elle-même qui a arrangé les choses ainsi ?

 

(*) Lorsque je parle de blâme, je ne doute pas qu’on ne trouvât aussi quelque chose à blâmer dans mes paroles ; mais, l’expression citée ayant été rendue aussi publique, il importe de lui donner sa juste valeur, et de ne pas approuver ce que Dieu n’approuve pas.

Tout ceci était déjà sous presse lorsque j’ai reçu de notre frère, M. Foulquier, sans la lui avoir en rien demandée, la confession suivante, avec prière de l’insérer dans ma brochure. Plusieurs considérations me faisaient hésiter à faire cette insertion. Néanmoins, sur la prière positive de notre frère, je ne me sens pas libre de me refuser à son désir. Je me borne donc à y accéder sans ajouter une seule observation, me réservant le droit d’exprimer ce que je pense à l’égard de toute cette affaire, si l’occasion l’exige.

Voici ce que dit notre frère, M. Foulquier :

« Je reconnais devant le Seigneur, qui m’éclaire, et devant son Église, que j’ai souvent été une occasion de chute pour plusieurs frères, par mes expressions peu exactes, et j’en demande pardon à tous mes frères, en m’humiliant publiquement de ce mal, que j’ai commis, devant Christ et tous ceux qui confessent son nom. Je me recommande à leurs prières.

(signé) J. FOULQUIER.

 

Insister sur la nomination des Anciens, comme si c’était là un acte d’obéissance, c’est trahir un manque de conscience et de cœur envers Dieu, et une simple similitude le fera comprendre.

Un père veut que ses enfants aillent se présenter à leur grand-père, propres et d’une manière convenable, et il leur donne le commandement formel de marcher sur le trottoir, et de ne pas le quitter, de peur de salir leurs habits. L’aîné des garçons, dont l’orgueil est blessé à l’idée d’aller se présenter à son grand-père comme un jeune enfant, va s’embourber dans la fange en se mettant en chemin ; puis, il commence à insister beaucoup sur le devoir de marcher sur le trottoir afin de se tenir propre. Est-ce là de l’obéissance ? Est-ce là de la conscience ? Est-ce là un sentiment convenable envers son père ? Ou, permettez-moi de le demander, est-ce là l’autorité qu’il réclame à l’égard de ses frères ?

Le fond de la pensée qui a provoqué tant d’indignation, c’est que, vu l’état de l’Église, on ne saurait agir au gré de ceux qui veulent nommer des Anciens ; que cette nomination est une prétention orgueilleuse ; que, la corruption s’étant emparée de tout le système que Dieu avait établi par les Apôtres, les hommes ne sont pas à même d’établir de nouveau un pareil système ; qu’on ne peut pas recommencer l’Église. Je parle seulement de son organisation ecclésiastique. L’Église elle-même subsiste évidemment toujours.

Au fond, ce qu’ils prétendent faire, c’est en effet de recommencer l’Église.

 

§

 

Un principe fondamental dans tout le raisonnement de notre frère, M. Foulquier, c’est que Dieu ne rétablit jamais l’état primitif des choses déchues entre les mains des hommes.

L’auteur anonyme conteste ce principe. Voyons avec quel succès.

Il prend le temps des Juges comme celui de la plus profonde corruption d’Israël, ce qui, sous un certain point de vue, est assez vrai pour que je l’accepte sans faire plus de difficultés. Quel était donc l’état primitif en question ? C’est que Dieu lui-même était leur roi, selon que Dieu lui-même le signale à Samuel (1 Sam. 8:7-8, et 12:12). Le sacrificateur était le point de contact, le lien entre le peuple et Dieu, et Dieu suscitait des Juges lorsqu’il y en avait besoin.

Cet état de choses a-t-il été rétabli ? Jamais ; et, ce qui plus est, il ne le sera jamais. Il serait difficile de trouver un exemple plus frappant et plus incontestable de la vérité du principe contesté par l’auteur anonyme.

En un certain sens, plusieurs choses seront rétablies sous le Messie ; mais les conseils de Dieu à l’égard du Messie lui-même excluent la possibilité du retour d’Israël à l’état où il se trouvait sous les Juges.

Quant à la sacrificature elle-même, non-seulement une autre famille en a été investie ; mais la position même de la sacrificature a été totalement changée. La sacrificature a perdu, à tout jamais, la position dans laquelle elle se trouvait antérieurement. Elle a continué, il est vrai, et, sans elle, l’homme ne pourrait subsister devant Dieu. Mais Dieu a dit : « Je me susciterai un sacrificateur fidèle qui se tiendra devant mon Oint » (1 Sam. 2:35) (*). L’introduction de l’Oint a tout changé. C’est Lui, le Roi, qui devenait responsable du maintien de l’ordre au milieu du peuple, qui le gouvernait, qui le jugeait, et dont la conduite réglait, pour ainsi dire, le jugement que Dieu portait sur le peuple (2 Rois 23:26)

 

(*) C’est ici la grande instruction qui se trouve au commencement du livre de Samuel. Le peuple ayant manqué de fidélité, son infidélité, comme cela a toujours lieu, s’est manifestée le plus dans ce qui était officiellement le plus près de Dieu. Dieu va établir le seul vrai remède à l’incapacité où l’homme se trouve de se maintenir dans la bénédiction. Il va établir un Chef qui ne saurait manquer à la gloire de l’Éternel, et qui assurerait le bonheur de son peuple. C’est le vrai Roi, le Christ. Avant de le faire, et avant de manifester en plein l’iniquité qui rendait cela nécessaire, ou, au moins, avant que de la mettre au grand jour par le jugement, Dieu suscite l’esprit de prophétie, qui communique à son élu (figure d’un résidu chétif, abattu et sans force) sa puissance qui relève et élèvera la corne de son Oint. Ce grand fait change tout. Le Christ doit être manifesté comme l’appui, le soutien de la bénédiction de son peuple. Puis, après avoir montré ces choses, Dieu juge la sacrificature, et lui assigne sa place devant son Oint. Toutefois, il laisse arriver à son comble l’iniquité du peuple, par le mépris de la prophétie et par le mépris de Dieu lui-même, comme Roi immédiat de son peuple. C’est l’histoire de la royauté de Saül. Ce n’est que lorsque le peuple a rejeté Dieu comme son roi, que l’Éternel met à exécution ses conseils dans l’établissement de son Oint. Encore, nous le savons bien, a-t-il placé la royauté elle-même entre les mains responsables de l’homme. Nous savons quel en a été le résultat, et que Dieu a dû dire qu’Israël n’était plus son peuple. À la prise de l’arche, I-Cabod a été écrit sur ce peuple et sur la sacrificature qui se tenait devant l’arche. À la prise de Jérusalem, à la suite de l’iniquité des rois, Lo-Hammi (pas mon peuple) a été écrit sur tout ce qui restait debout des débris d’Israël. L’auteur anonyme y cherche une preuve que Dieu rétablit l’état primitif d’une chose en chute. Et Néhémie, l’a-t-il rétabli ? Est-ce que le fait d’être l’esclave des Gentils (Néh. 9:36-37), de ces bêtes féroces (Dan.7), objet du jugement final de Dieu, et, en même temps, démonstration de ce que le jugement de Dieu avait fondu sur le peuple dont il avait été lui-même le roi, est une preuve que Dieu rétablisse l’état primitif d’une chose qui est en chute ? Que la conscience de l’homme doué d’intelligence spirituelle en juge.

 

L’auteur anonyme demande : « À quelle époque tomba la royauté ? » Et il répond aussitôt : « Ce fut sous le règne de Saül ».

Évidemment, Saül, demandé par le péché du peuple, quoique permis de Dieu, n’est pas la royauté voulue de Dieu. C’est David et Salomon que nous voyons dans ce caractère. C’est en Salomon que se montre la chute de la royauté. La patience de Dieu a été longue à cause de son serviteur David. La promesse immuable de Dieu à la postérité de David ne saurait manquer dans la personne du Christ ; mais il est parfaitement clair que la royauté n’a jamais été rétablie dans son état primitif, et qu’au contraire, en tant que confiée aux hommes dans la chair, cette royauté a été jugée de Dieu ; qu’après une longue patience, Dieu y a mis fin, et qu’il a mis fin, en même temps, aux relations de son peuple avec Lui.

L’auteur anonyme penserait-il peut-être que l’état primitif du peuple ait été rétabli du temps de Néhémie ?

Pour présenter au peuple le Messie, son Fils venu en chair, et pour placer Israël sous la responsabilité à cet égard, ainsi qu’il en use toujours avant que d’accomplir ses desseins en grâce, Dieu a gardé les restes chancelants d’un peuple asservi aux Gentils. Était-ce là l’état primitif de ce peuple ? Était-ce son état primitif que d’être asservi aux Gentils ? Est-ce pour cela que Dieu l’avait racheté d’Égypte ? Le nom de Lo-Hammi avait-il été révoqué ? (Osée 1, 2). Cet état dans lequel Dieu appelait Israël « Pas-mon-Peuple » (Lo-Hammi) n’était assurément pas l’état primitif du peuple de Dieu. Au commandement de Cyrus, son roi, un résidu du peuple monte à Jérusalem (*), tandis que Daniel, figure et signe de la vraie position du peuple, reste à Babylone et expose, en même temps, devant Dieu leur histoire selon les conseils de Dieu. L’autel a été rétabli par la foi. C’était, d’un côté, la grâce de Dieu, et de l’autre, dans l’homme, la fidélité qui le reconnaissait dans ses difficultés comme sa sauvegarde et sa muraille. Voyez le beau passage : Esdras 3:2-3. Le peuple de Dieu est toujours dans ses droits en adorant Dieu, et en le reconnaissant comme sa sûreté et sa force.

 

(*) Il est important aussi de remarquer ici que, si, comme l’affirme l’auteur anonyme, Aggée n’a pas prophétisé avant que l’autel fût relevé, Jérémie, néanmoins, avait auparavant annoncé la durée de la puissance babylonienne, que Daniel avait compris le nombre des années à la fin desquelles devaient finir les désolations de Jérusalem, et qu’il avait reçu, comme réponse de la part de Dieu à son intercession, la révélation de ce qui devait se faire pour le rétablissement de la ville, dont Cyrus lui-même donna l’ordre en ces termes : « L’Éternel, le Dieu des Cieux, m’a donné tous les royaumes ; et Lui-même m’a ordonné de lui bâtir une maison à Jérusalem qui est en Judée » (Esdras 1:2). En ceci, je n’en doute nullement, cet homme juste, que Dieu a fait lever de l’Orient (És. 41:2, 25 ; 46:11-13), a agi de la part de Celui qui a dit de Cyrus : « C’est mon berger, il accomplira tout mon bon plaisir, disant même à Jérusalem : Tu seras rebâtie, et au temple : Tu seras fondé ». Dieu a voulu que l’ordre partit du lieu où Il avait placé le gouvernement de la terre (Dan. 2:37-38), lorsqu’il a dit Lo-Hammi à son peuple. Aggée et Zacharie ont encouragé la foi du peuple en les engageant à bâtir. L’ordre en était déjà donné, et donné de la part de celui à qui Dieu lui-même, par suite de l’infidélité de son peuple, en avait expressément confié le soin.

L’auteur anonyme a dû oublier toute cette partie de la Parole. Du moins, n’en a-t-il pas profité, et il n’a pas su se rapporter à la sagesse de Celui qui, sur ce point même, a confondu l’iniquité des Juifs, qui se prévalaient des fruits de leur péché pour le mettre dans l’embarras, en l’exhortant à rendre à César ce qui était à César, et à Dieu ce qui était à Dieu. Car, selon la Providence de Dieu, César était l’héritier de Cyrus quant à la puissance du monde, s’il ne l’était pas de sa piété en reconnaissant les commandements de l’Éternel.

 

C’est tout autre chose que de prétendre rétablir, selon l’ordre de l’économie, ce qui a été perdu. Néhémie a-t-il pu rétablir des rois ? A-t-il mis Zorobabel sur le trône ? Nullement. C’aurait été méconnaître le jugement de Dieu qui pesait sur son peuple. Néhémie a-t-il osé même mettre en règle les sacrificateurs qui ne pouvaient trouver leur généalogie ? Non, il les a mis de côté.

Lisez Néhémie 9:36-37, et vous verrez jusqu’à quel point l’état primitif avait été rétabli.

L’auteur anonyme veut distinguer entre l’économie et l’état politique. Cela est vraiment trop hardi pour un lecteur de la Bible. L’assujettissement du peuple de Dieu aux Gentils n’était-il donc qu’une affaire politique ? Le roi d’Israël n’avait-il aucun lien avec l’économie ? Dieu avait abandonné son temple et son trône, et avait confié aux Gentils l’autorité sur la terre, en disant de Juda : ce n’est plus mon peuple (parole qui ne sera révoquée qu’au retour de Christ). Et l’on va jusqu’à dire qu’il ne s’agit pas de l’économie, mais de l’état politique du peuple ! C’est par trop fort. Qu’est-ce que c’est que l’état politique du peuple de Dieu sur la terre en dehors de l’économie ?

Faut-il, hélas ! tout bouleverser pour avoir des Anciens ?

Pour ma part, je crois que nous avons la promesse assurée du Seigneur, qui ne change pas, qu’Il sera en tout temps au milieu de deux ou trois réunis en son nom ; de sorte que nous avons toujours le droit de relever notre autel. C’est notre devoir.

Nous sommes toujours tenus à reconnaître Dieu. Aussi, par sa grâce, dois-je faire tout ce qu’il me donne la force d’accomplir pour sa gloire. Pour agir pour lui, il faut qu’il nous envoie dans ce but.

 

§

 

Quant à la présence du Saint-Esprit au milieu du peuple, le sens que l’auteur anonyme prête au passage d’Aggée 2:5, lui est évidemment tout à fait étranger. Dieu n’avait pas retiré son Esprit du peuple, quoiqu’il eût jugé et puni le peuple (Voyez Néhémie 9:20). Cet Esprit instruisait et dirigeait encore le peuple (Comparez És. 63:14). Mais il est certain que, dans un sens autre que celui que nous venons d’attribuer au passage, l’Esprit de Dieu n’a demeuré au milieu de son peuple qu’après la glorification de Jésus (*).

 

(*) Voyez : Jean 7:39 ; 14:16-17, et une foule de passages.

 

§

 

Quant à l’esclavage, il est certain que, sous de certains rapports, le peuple de Dieu peut être en esclavage. À l’époque même de laquelle l’auteur anonyme parle, en disant qu’Israël n’était pas sous l’esclavage de Satan, puisque, etc., Néhémie dit qu’il était esclave des rois que nous savons avoir été les instruments de Satan, comme des bêtes féroces. Lors même que je suis enfant de Dieu, si je me plaçais sous la direction de Rome, entraîné par les séductions de l’ennemi, je serais bien sous l’esclavage de Satan. À tort, si vous voulez, mais j’y serais.

La question est de savoir s’il n’en serait pas de même, dans le cas où l’on se placerait sous des Anciens que l’on aurait élus sans la volonté de Dieu.

Je ne dis ni oui ni non. Rien de plus simple que ce qui en est dit. L’idée qu’un enfant de Dieu ne puisse se placer sous l’esclavage de Satan, est une dangereuse erreur.

 

§

 

La remarque de l’auteur anonyme, au § 17, est entièrement erronée. La sacrificature avait été le centre de l’unité ; elle ne l’était plus. La royauté était devenue ce centre.

 

§

 

Quant au § 20, au sujet de la différence dans les directions de Dieu (És. 37:33, et Jérémie 25:8-9), la force du raisonnement n’est pas saisie par l’auteur anonyme. Les textes sont cités bien à propos pour démontrer le principe en question ; et ce que les textes démontrent, c’est que ce que Dieu autorise à tel moment donné, ne fait pas nécessairement règle pour ceux qui se trouvent dans un état différent. S’appliquer, dans ce cas, un ordre de Dieu, c’est ne pas avoir la conscience de son péché ; c’est comme prétendre marcher sur le trottoir par obéissance pour se tenir propre, lorsqu’on s’est déjà crotté à dessein hors du trottoir. L’adoration de Caïn était un péché, parce qu’il ne tenait pas compte de sa chute.

Nommer des Anciens, ce n’est pas obéir ; c’est prétendre pouvoir faire ce que l’Église primitive a fait, ce que les Apôtres ont fait (*).

 

(*) Quant à l’absence de preuves tirées du Nouveau Testament, dont l’auteur anonyme fait un reproche à l’écrit de Foulquier, peu de mots suffiront. Le manuscrit de Foulquier ne contenait qu’un résumé de principes à l’usage d’un frère. L’auteur anonyme avait entendu lire, dans la conférence, un mémoire qui, tout en étant l’œuvre d’un seul frère, revêtait le caractère d’une réponse de la part de tous, mémoire muni de preuves tirées du Nouveau Testament, et qui résumait, avec des citations, tout le contenu du livre des Actes et celui des Épîtres sur la question du ministère. Sur la demande de l’auteur anonyme, ce manuscrit lui a été communiqué, et il l’a examiné. Puis, l’écrit de notre frère, M. Foulquier, est tombé entre ses mains. Ces faits sont la meilleure réponse à l’accusation contenue dans les paroles suivantes de sa brochure, p. 20 : « Ainsi, chers frères de L’Ile, vous ne nous laissez pas d’autre alternative que de vous croire sur parole, ou de souffrir, en nous y refusant, les plus terribles jugements de Dieu !!! Nous vous demandons avec instance des commandements bibliques, et vous nous donnez des arguments humains ».

 

§

 

Quant au § 25 (*), si nous prenons le Papisme pour exemple, toute la faiblesse des arguments de l’auteur anonyme sautera aux yeux. Là, Satan gouverne bien dans l’Église, sous l’apparence que cette forme-là est voulue de Dieu. Il est évident que l’auteur anonyme ne comprend pas ce que c’est que la puissance de Satan, ni que Satan puisse exercer une puissance affreuse, même sur les enfants de Dieu, s’ils restent dans un système où cette puissance agit, et agit d’autant plus qu’elle leur est voilée, et qu’eux-mêmes prennent consciencieusement ce système pour l’Église de Dieu, pensant qu’y rester, c’est obéir à l’autorité que Dieu avait établie dans l’Église, et garder l’unité qui devait s’y trouver.

 

(*) Il est important que le lecteur se souvienne que la division de l’écrit Foulquier en paragraphes n’est pas de lui, et que souvent elle défigure le sens, et coupe le fil des idées.

 

Je comprends que l’auteur anonyme prétende échapper, en ce qu’il fait, à cette puissance de Satan. Mais s’opposer en principe à la pensée exprimée dans le paragraphe de Foulquier qui nous occupe, c’est nier ce que l’intelligence spirituelle doit comprendre et reconnaitre pour vrai.

« Il est clair que, si l’Adversaire s’est emparé d’une chose que Dieu avait placée entre nos mains, vouloir la conserver, c’est rester sous son pouvoir de ce côté ». Cela est clair. Si l’on conserve ce dont Satan se sert dans l’exercice de sa puissance, on reste, quant à cela, sous cette puissance. Cela est si simple que la proposition se démontre d’elle-même.

Ceci, néanmoins, n’est pas une réponse suffisante. L’auteur anonyme peut répondre, et il répond, en effet, dans un endroit : Je ne veux rien conserver (*). L’Église n’a pas conservé le système scripturaire. Le clergé est du Diable. Je n’en veux nullement. Je veux rétablir des Anciens tels qu’ils étaient au commencement. Je veux, moi, commencer de nouveau l’Église à Genève sur le pied primitif.

 

(*) C’est bien se contredire ; car il insiste ici sur la conservation de l’institution. Le fait est que l’institution n’existe plus. Mais on peut employer le terme conserver d’une manière équivoque, parce que l’institution est mentionnée dans la Bible qui est d’autorité perpétuelle. En fait, ce dont la Bible parle n’existe plus. Preuve en soit que l’auteur anonyme s’efforce, en ce moment, de l’établir de nouveau.

 

On peut répondre : Vos Anciens seront toujours le clergé. On peut répondre aussi : Dieu ne vous a pas donné mission pour cela ; réponse qu’il faut justifier quant au premier point. Quant au second, c’est à l’auteur anonyme à produire ses titres, et à prouver sa mission ou celle de ceux qui ont entrepris cette œuvre. S’ils ne rassemblent pas avec Christ, ils dispersent.

Examinons donc, en détail, les objections de l’auteur anonyme.

Hélas ! tout ici est sophisme.

Il demande où a commencé l’apostasie. Eh bien ! disons avec lui que le germe en existait à l’époque de laquelle il est parlé en ces termes : « Le mystère d’iniquité est déjà en activité » (2 Thess. 2:7). Après cette époque, dit-il, l’Apôtre veut qu’il y ait des Diacres. Puis, l’auteur nous fait voir que l’Église était dans un mauvais état moral à bien des égards, lorsque l’Apôtre a ordonné à Timothée et à Tite d’établir des Anciens (*). Soit. — Il demande en conséquence : « Comment ce même désordre nous imposerait-il aujourd’hui l’obligation de renoncer à cette institution ? » — Enfin, il ajoute, quant à l’établissement des Anciens : « Cet état de chute ne nous dispense pas du devoir de le conserver à notre tour ».

 

(*) Ce n’était pas la mission de Timothée ; mais nous toucherons ce point plus tard. Il est historiquement très-probable que le déclin de la piété ait fait ressortir l’institution des Anciens.

 

Quel raisonnement ! Les fidèles étaient dans un triste état. Des officiers ont été établis pour y mettre ordre. C’est pourquoi, lorsque les officiers, s’étant emparés des droits du souverain, sont devenus les sources et les instruments du désordre, il faut les conserver. Voilà qui est fort. Aussi, l’auteur anonyme a-t-il dû changer entièrement ce que Foulquier a dit. Il lui fait dire que cette institution nous met sous le pouvoir de Satan, parce que nous vivons dans une économie en chute. Foulquier a dit : Si l’institution elle-même est sous le pouvoir de Satan, dans ce cas, la conserver, ce serait nous placer sous ce pouvoir. Maintenir l’institution lorsqu’elle était une barrière contre la corruption, ou la maintenir quand elle en est devenue la source, la force et l’expression, ce sont là deux choses bien différentes.

Mais ce n’est pas tout encore.

On veut ne pas renoncer à l’établissement des Anciens, et le conserver à son tour. Eh ! je le demande, qu’est-ce que l’auteur anonyme conserve à Genève ? Y a-t-il des Anciens établis ? Où est l’institution qui lui est si chère ? Elle n’existe pas ; et, selon lui, c’est depuis des siècles qu’elle a cessé d’exister. La tâche consiste donc non à la conserver, mais à la rétablir, à la créer de nouveau. D’autre part, il ne peut donc être question d’y renoncer ; on ne peut renoncer à ce qui n’existe pas. Il n’y a rien à quoi on puisse donc renoncer.

Il faut donc non pas conserver cette institution, mais la produire. Notre auteur pense que ses collègues et lui ont, une énergie créatrice suffisante pour faire ce que les Apôtres ont fait dans l’Église. Les faits suivants font voir combien peu ils sont en état de les imiter.

1° Il y a eu une commission chargée d’élaborer une constitution d’Église.

2° Par cette constitution, l’Église confie son administration à l’assemblée des Anciens (art. 44).

Ceux qui ont donné leur adhésion à cette constitution étant censés composer l’Église évangélique à Genève, il faut avoir des Anciens. On les convoque pour élire une commission chargée de préparer la tâche importante et difficile du choix des Anciens. On ne se demande ni s’il y a des hommes propres à être Anciens, ni si les Anciens voulus de Dieu pour son Église à Genève se trouvent au milieu de ce qui prend le nom d’Église évangélique. Pour obéir à la Parole de Dieu, cette Église évangélique est appelée à avoir un presbytère ; elle doit choisir ceux que le Seigneur appelle à être Anciens ou Évêques dans le troupeau. Quel troupeau ? Y a-t-il là plus qu’une secte ? Il est naturel que ceux qui se sont placés à la tête du mouvement le dirigent. Supposons même que quelques-uns chercheront à ajouter quelques personnes dans le but de donner un contrepoids à ce rétablissement du clergé, et que d’autres s’y refuseront. Y a-t-il là la moindre ressemblance entre ceci et les épîtres à Timothée et à Tite ? Sinon, pourquoi parler avec tant de bruit d’un commandement positif ? Ce commandement positif serait-il, à en juger par les faits, de vous réinstaller dans la position cléricale que vous venez de perdre, et que vous aimez encore ? Serait-ce de faire l’essai d’une nouvelle secte, et de s’y attacher pour voir si cet essai réussira ? L’Esprit de Dieu ne fait pas des essais. Pensez-vous que celui qui marche selon l’Esprit en fasse ? Il obéit quand il a de la lumière ; et, quand il n’en a pas, il attend. Pensez-vous que, trouvant des frères occupés, au milieu des chrétiens rassemblés hors du monde, à veiller sur eux, dévoués à leur service, soignant leurs âmes et bénis de la part de Dieu dans leur œuvre, j’aurais mis en question leur service ? Jamais. Mais, lorsque je vois une catégorie spéciale de personnes élever la prétention de fonder une Église ; des commissions préparatoires et autres pour s’installer, et qu’on en appelle aux épîtres à Timothée et à Tite, en m’accusant de désobéissance à la Parole de Dieu si je ne me soumets pas, j’hésite. Je ne puis ni reconnaitre une semblable prétention ; ni m’y soumettre comme si c’était donner obéissance aux épîtres que l’on allègue.

Si l’auteur se trompe, si ce n’est pas rassembler avec Christ (et si c’est une prétention fausse, ce n’est certes pas rassembler avec Christ), c’est donc disperser (Luc 11:23). Il nous présente l’unité, que nous désirons tous, sous la condition de reconnaître ses Anciens. Il me pardonnera si j’hésite. Il m’accuse d’être désobéissant en ne reconnaissant pas qu’il a l’autorité suffisante pour en créer ; car c’est bien cela. Que j’obéisse à des conducteurs, à la bonne heure. Je le ferai de tout mon cœur. Mais, qu’un commandement d’obéir implique le pouvoir de créer ce à quoi il faut obéir, c’est aller un peu trop vite.

Ce donc que nous vous demandons, c’est le commandement de faire des Anciens. Nous reconnaissons bien le commandement biblique de leur obéir ; mais, aujourd’hui, les Anciens auxquels il faut obéir n’existent pas, et c’est là ce dont on convient de tous côtés. Ainsi, réclamer, comme vous le faites, que nous vous montrions un commandement biblique pour renoncer à l’institution des Anciens, quand cette institution n’existe plus, c’est vraiment ne rien dire du tout. Je vous le répète. Je ne renonce à rien. Où sont-ils ces Anciens ? Ah ! répond l’auteur, il n’y en a pas. — Comment donc y renoncer ? — Mais nous voulons les créer, dit-il. — Je réponds : C’est là une autre question. Dieu vous a-t-il envoyé pour cela ? Où est son commandement ? J’attends.

Mais, pour que tout s’écroule plutôt que de renoncer à l’établissement des Anciens, l’auteur anonyme nous demande pourquoi, si la ruine de l’Église nous empêche de nommer des Anciens, nous conserverions le Baptême et la Cène.

Je lui demande à mon tour : Ces deux choses ont-elles cessé d’exister ? Non. Je n’ai qu’à m’éloigner des adjonctions et des abus qui les corrompent. En outre, en les pratiquant, je ne crée rien ; je ne nomme ni n’établis personne. Je n’use d’aucune autorité.

Pardonnez-moi, me dira le Papiste ou le Puséyste, et même souvent le Protestant : en consacrant la cène vous usez d’autorité. Vous vous en arrogez en prêchant l’Évangile. Quelle autorité avez-vous pour cela ?

Je m’arrête. La question est grave. Suis-je dans l’alternative ou de renoncer à ces privilèges et à ces bénédictions, ou de les accepter avec toute sorte de corruption et viciées par de graves erreurs ?

J’examine ma Bible sérieusement, et c’est ce que j’ai fait, et je trouve toute liberté. Je l’ouvre, et le clergé qui a corrompu tout cela n’y est pas reconnu. Elle m’enseigne que je puis librement en jouir.

Je dis donc que, quant à ces choses et à d’autres pareilles, je me suis retiré de dessous l’esclavage de Satan.

De plus, je reconnaîtrai, selon mon pouvoir, les personnes qui portent, même à travers bien des imperfections, les signes de surveillants. Si l’on insiste sur le clergé, et si l’on nie l’unité de l’Église, je ne puis marcher dans une telle route.

 

§

 

Quant à la promesse de la présence de Jésus au milieu de deux ou trois réunis en son nom, ce n’est pas moi qui institue quelque chose, si je me réunis avec d’autres personnes. C’est Jésus qui accomplit ce qu’il a promis. L’exégèse de l’auteur anonyme est sûrement entièrement erronée. Il s’efforce de nous priver de tout.

Heureusement qu’avec toute l’Église de Dieu, nous avons trop souvent, tout indignes que nous en sommes, fait l’expérience de la fidélité de Jésus, pour être inquiétés par cette interprétation.

C’est une erreur que de restreindre à la discipline la portée de cette promesse. Elle est, au contraire une raison pour laquelle la discipline ainsi exercée est reconnue de Dieu ; cette raison, c’est que Jésus s’y trouve. Mais cette précieuse déclaration s’applique, et s’applique plus immédiatement, à des requêtes faites en pareille circonstance, qu’à la discipline. C’est un fait toujours vrai que, là où deux ou trois se trouvent réunis au nom de Jésus, Jésus s’y trouve. C’est une déclaration générale donnée comme raison pour laquelle la discipline est valable. Car, dit le Seigneur, où deux ou trois sont assemblés en mon nom, j’y suis au milieu d’eux. Rien de plus simple. Je n’ai donc rien à reconnaître, sinon que l’interprétation n’est pas bonne.

 

§

 

J’ai déjà parlé de l’autel de Néhémie. Le passage de Jérémie ne prouve rien, sinon ce principe, savoir, que l’Éternel peut mettre de côté ce qu’il avait lui-même établi. De fait, cela est arrivé quant aux Anciens. La question est tout simplement : La volonté de Dieu est-elle qu’on en établisse de nouveau officiellement ? Quant à l’autel, nous l’avons, et nous l’avons restauré par la grâce. Nous adorons avec bonheur autour de la table du Seigneur. Nous en ferons de même en tout ce qui n’est pas prétendre à ce que nous ne possédons pas.

 

§

 

L’auteur anonyme a défiguré le sens du § 28, en l’isolant de la phrase du § 27 à laquelle le § 28 se rapporte, et qui fait voir très-clairement qu’il s’agit de la Parole de Dieu, mais que la puissance et l’opération du Saint- Esprit sont nécessaires pour nous donner du discernement. Le § 27 parle de la lumière de la conscience, de la lumière de la loi et des prophètes, et de la lumière de l’Évangile.

L’auteur anonyme nie-t- il que le témoignage du Saint-Esprit soit nécessaire dans les temps actuels ? S’il en est ainsi, je ne m’étonne de rien (*).

 

(*) Quand il dit « qu’il croira, jusqu’à ce que ces chers frères le démentent formellement, que ces frères se dirigent par le Saint-Esprit en l’absence du témoignage de la Parole », voici la réponse : Au moment où il écrivait ces lignes, il avait déjà depuis un certain temps entre les mains le démenti formel qu’il réclame, à telles enseignes que, dans une longue lettre en réponse à ce démenti demandé, il se plaint de la force des expressions dans lesquelles le démenti était conçu. La lettre, qui contient ce démenti, se trouve dans une note précédente.

 

§

 

Donner la conduite de Diotrèphe comme une preuve suffisante qu’il était Ancien, c’est là un singulier moyen de nous attirer vers ce genre d’autorité. Félicitons la commission préparatoire de ce qu’un pareil raisonnement n’ait heureusement pas l’ombre de fondement. Il n’y a, hélas ! que trop de Diotrèphes sans qu’il soit nécessaire d’Anciens établis pour en produire. On a vraiment peine à croire que notre auteur ait sérieusement voulu dire que le fait d’aimer à être le premier, et, conséquemment, de ne pas recevoir les Apôtres, prouve à lui seul qu’un homme soit un Ancien. Il demande si nous ne nous serions pas séparés à cause de la présence de Diotrèphe. Et pourquoi se séparer de l’Église par le fait qu’elle renfermait un méchant homme ? Pour ma part, je ne me séparerais jamais de rien dont je puisse avoir la pensée que c’est l’Église après que je l’aurais quitté. Du reste, je ne crois pas que 3 Jean 10, signifie : « quand je viendrai je lui représenterai ce qu’il a fait ». Martin emploie, il est vrai, cette expression ; mais ύπομνήσω signifie plutôt : je me souviendrai de ce qu’il a fait, ou : je le ferai se souvenir de ce qu’il a fait, sans préciser ce que l’Apôtre se proposait de faire lorsqu’il serait arrivé.

 

§

 

Quant à l’explication des sept Églises de l’Apocalypse, ce n’est guère ici le lieu d’en donner l’interprétation. Ce serait écrire un livre. Il est clair que, lorsque l’on affirme que « les anges des Églises ne peuvent être que leurs conseils d’Anciens », on peut en tirer les conséquences que l’on veut. Cette explication du mot ange n’est ni celle de la Parole, ni celle de l’histoire traditionnelle. Il est hors de doute que, dans la Parole, ange ne signifie pas un conseil d’Anciens, et la tradition donne aussi un tout autre sens.

La déchéance croissante des sept Églises est une question d’interprétation dont je ne m’occuperai pas ici. Il y a confusion dans ce que l’auteur anonyme en dit ; car il est évident que le fait d’être un chandelier d’or, n’empêche nullement la déchéance signalée déjà à Éphèse (« souviens-toi d’où tu es tombé »), et n’empêche pas même d’être vomi de la bouche du Seigneur Jésus, ce qui devait être exécuté à l’égard de Laodicée.

Dans ce qui suit, l’auteur fait une telle confusion entre l’état de l’Église universelle, à laquelle la question de déchéance s’applique, et les églises locales, dans lesquelles les Anciens se trouvaient, que peu de mots suffiront pour montrer la faiblesse de son raisonnement.

On peut prendre les sept églises comme des églises ; ou bien, on peut, avec beaucoup de chrétiens, les considérer comme une histoire prophétique de l’Église quant à son état moral ici-bas. L’auteur dit qu’à ce dernier point de vue, les Anciens et les églises doivent subsister jusqu’à la fin ; mais c’est une confusion complète. Car, à ce dernier point de vue, on a cessé de regarder ces chapitres comme s’occupant des sept églises. L’Esprit s’en sert pour montrer l’état de l’Église professante dans la suite des siècles.

 

5         Chapitre 5

Enfin, nous voici arrivés à ce que nous demandions. L’auteur anonyme allègue un commandement positif. Tite a été laissé en Crète pour établir des Anciens. Cela est clair. Personne ne le nie.

Mais voici la question :

Comment, cela l’autorise-t-il, ou, s’il le préfère, comment cela autorise-t-il quelques fidèles de Genève à en établir ?

Il est bien certain que ce n’étaient pas les fidèles qui pouvaient établir les Anciens ; car, s’il en eût été ainsi, inutile d’envoyer Tite en Crète pour le faire. C’était un acte pour lequel les fidèles n’étaient pas compétents, et pour l’accomplissement duquel la présence du compagnon fidèle de l’Apôtre lui-même était nécessaire.

Qu’est-ce qui montre que l’auteur anonyme et la commission préparatoire aient cette compétence ? Ils le disent bien ; mais ce n’est pas là précisément ce qui suffit pour que nous le recevions. L’ordre de Paul à Tite parle évidemment d’une commission confiée à une certaine personne laissée là exprès, parce que la chose qui faisait l’objet de cette commission ne pouvait pas s’exécuter sans lui. Je demande au lecteur si ce n’est pas là la force naturelle de ce passage. Conclusion que le caractère de Tite appuie. L’auteur anonyme nous dit que c’est « un ordre positif, un commandement très-clair du Seigneur, donné par son Apôtre, non-seulement à Tite, mais à tous ceux qui, plus tard, devaient être appelés par le Saint-Esprit à conduire les églises de Dieu ». Ce terme : « à conduire les églises de Dieu » est un peu équivoque. L’auteur veut-il dire que les Anciens d’une ville aient mission d’établir des Anciens dans toutes les villes, et qu’ils aient mission spéciale pour cela ? Car c’était bien là le cas de Tite. Il avait été laissé extraordinairement pour régler les choses que l’Apôtre avait commencées, et muni pour cela de l’autorité de l’Apôtre. Est-ce que les Anciens ont une mission pareille ? Sont-ils chargés d’imposer des ordonnances à d’autres églises, et munis, dans ce but, de l’autorité de l’Apôtre ? Or, c’était le cas de Tite. Et, si une partie de ce commandement est obligatoire, pourquoi l’autre ne le serait-elle pas également ? C’est la même autorité qui est en exercice. L’Apôtre, en chargeant Tite, sans autre direction, de la tâche de régler ce qui restait encore à régler, témoignait qu’il avait confiance en sa capacité pour le faire convenablement. Il en est de même de l’établissement des Anciens, qui repose exactement sur le même fondement. Si l’auteur est fondé à s’approprier ces choses, le Pape n’a pas moins raison de s’approprier ce que le Seigneur a confié au fils de Jonas.

Plusieurs choses avaient été réglées par Paul ; d’autres devaient l’être par Tite, savoir, tout ce qu’il restait encore à régler. En le faisant, Tite usait d’une autorité dans l’exercice de laquelle il pouvait agir d’après une compétence qui donnait à ses actes la même autorité qu’avaient les actes par lesquels l’Apôtre, dont Tite était le délégué, avait déjà réglé d’autres choses (*). Tous les Anciens ont-ils cette mission ? Ce pouvoir est-il un commandement toujours obligatoire ? L’auteur anonyme ne cite pas un mot des Écritures pour nous faire voir que ce commandement s’applique aux chrétiens d’aujourd’hui ; mais, dit-il, il est clair que c’est un commandement obligatoire dans le temps actuel, car il est dit à Timothée de quelle manière il faut se conduire (non te conduire) dans l’Église de Dieu.

 

(*) Cet argument a d’autant plus de force que, Actes 14, ce sont les Apôtres qui établissent les Anciens.

 

Ce point a déjà été discuté (*). Mais, comme c’est un point important, et le seul et unique fondement du système de l’auteur, il vaut la peine de l’examiner de nouveau.

 

(*) Voici ce que j’ai dit en répondant à M. Rochat : « Je présente un cas semblable. Mon fils est élu conseiller d’état, et je lui écris pour lui expliquer comment il faut se conduire dans les affaires de l’état. Cela démontre, selon la manière de raisonner de M. Rochat, que tous les citoyens peuvent, dans tous les temps, exercer les fonctions de conseiller d’état, parce que j’ai dit à mon fils comment il faut se conduire,» etc.

 

Nous ne doutons pas qu’il n’y ait eu des Anciens établis dans l’Église. Nous désirons même réaliser et respecter tout ce qu’il est possible de réaliser de leur œuvre dans les temps actuels. Les frères ont toujours agi selon ce principe (*), en certaines occasions avec plus d’énergie qu’en d’autres. Je l’ai déclaré maintes fois dans la controverse qui a eu lieu : La question des Anciens n’a jamais été un point capital à mes yeux. Néanmoins, j’ai toujours reconnu ce qui en existait ; et, quand l’occasion s’en est présentée, j’ai cherché à donner de l’activité et du développement à cette « œuvre excellente ». Par la grâce de Dieu, je le ferai encore, en y mettant toute l’énergie qu’il m’accordera pour cela. En certains endroits, cela s’est fait heureusement et avec bénédiction. En d’autres, ce serait une grande bénédiction que Dieu, dans sa bonté, en suscitât les instruments. Mais, si, parce que le nom seul de clergé inspire maintenant de la répugnance, on veut, sous le nom d’Anciens et sous prétexte d’obéissance, rétablir le clergé, je ne me laisse pas tromper par les mots. Lorsqu’on me dit que je ne puis ni obéir aux Anciens, ni les reconnaître (1 Thess. 5:12-13), si les hommes ne les ont pas officiellement établis, je ne saurais m’y fier, bien qu’on me dise qu’il ne s’agit plus de clergé. Je ne vois pas l’action de l’Esprit de Dieu dans la commission préparatoire. Cette commission prend la place du Saint-Esprit. En en prenant la place, elle le nie, même si elle ne s’en doute pas.

 

(*) Depuis le commencement (je cite ceci comme fait historique), ceux qui, parmi les frères, s’occupaient des âmes et les surveillaient, se réunissaient pour le faire ensemble sous le regard du Seigneur, et le font encore quand l’occasion s’en présente. Dans les lieux où les circonstances ont affaibli cette action, j’ai toujours cherché à lui rendre son énergie.

 

Et, quant au commandement même, la commission, dont Timothée était chargé, n’avait pas pour but d’établir des Anciens, et l’Apôtre ne lui commande rien de semblable. Paul, allant en Macédoine, avait prié Timothée de demeurer à Éphèse (1 Tim. 1:3), ville dans l’église de laquelle il existait des Anciens, dont l’établissement n’est jamais mentionné dans la Parole (1 Tim. 5:10, 17-19). Et voici en quels termes l’Apôtre exprime le but spécial de la mission de son fils Timothée : « Suivant la prière que je te fis de demeurer à Éphèse, lorsque j’allai en Macédoine, afin que tu chargeasses certaines personnes de n’enseigner point une autre doctrine ». Puis, il s’étend sur divers points, sur lesquels Timothée devait veiller pour y mettre ordre. En s’expliquant ainsi sur divers sujets, il énumère les qualités et les dons voulus dans un évêque. Mais, avant que d’entrer dans tous les détails de ce qui convenait à la Maison de Dieu, à l’Église du Dieu vivant, qu’il devait ainsi surveiller, l’Apôtre dit : Mon fils Timothée, je te confie, je te remets (παρατίθεμαί) ce commandement, cette charge, selon les prophéties qui ont été faites auparavant à ton égard, afin que, par elles, tu combattes en ce bon combat. C’était une charge qui lui était confiée, et pour laquelle il avait été désigné par des prophéties expresses. Et, par conséquent, lorsque l’Apôtre doit quitter Éphèse, il y laisse Timothée, afin d’y maintenir l’ordre, en vertu de cette charge qu’il avait dans la Maison de Dieu. Enfin, après lui avoir donné les directions nécessaires sur un certain nombre de points, il ajoute : « Je t’écris ces choses (non à l’Église ni aux Anciens), espérant que j’irai bientôt vers toi ; mais, en cas que je tarde, afin que tu saches comment il faut se conduire dans la Maison de Dieu » etc.

Je le demande : la commission confiée à Timothée n’est-elle pas une commission spéciale, pour l’accomplissement de laquelle l’Apôtre lui (*) donne les instructions nécessaires. L’Apôtre dit : « en cas que je tarde ». Que fait son retour, si cette instruction concernait à la fois et la conduite d’un troupeau particulier, et celle de l’Église universelle dans tous les temps ? Il est vrai que, puisque l’Apôtre nous enseigne de quelle manière Timothée devait faire marcher les chrétiens, cela doit aussi nous diriger dans les choses qui nous concernent, quoique Timothée ne soit plus là pour insister sur ces choses. Cela est évident.

 

(*) C’est, à mon avis, une fausse traduction que de dire : « afin que tu saches comment il faut se conduire, » etc. Cela peut avoir une apparence d’exactitude ; mais, en suivant le génie des deux langues, cette traduction ne rend pas le sens. Le grec n’exprime pas le mot se. Il serait plus correct de dire : « Afin que tu saches comment il faut te conduire, » ou bien : « quelle conduite il faut tenir dans la maison de Dieu ». Ainsi, c’est une instruction pour Timothée dans sa conduite dans l’Église, quoique Timothée eût à s’occuper de la conduite d’autres personnes. « Afin que tu saches comment d’autres doivent se conduire » serait un vrai non-sens s’il s’agissait d’autre chose que de surveillance.

 

§

 

Si Timothée doit veiller à ce que des veuves ne soient pas à la charge de l’Église, lorsqu’elles ont des parents qui peuvent les entretenir, cela demeure une règle pour des parents de veuves, quoique Timothée ne soit plus là, parce que l’instruction qui lui est adressée est un moyen de connaître la volonté de Dieu en ce qui regarde ces personnes-là. Mais dire que la mission confiée à Timothée est un commandement pour tous ceux qui conduisent les églises, c’est s’attribuer la charge pour laquelle l’inspiration directe avait désigné Timothée par la prophétie.

 

§

 

La subtilité cléricale me demandera : Pourquoi faites-vous de ce qui concerne les veuves une règle valable en tout temps, et non pas de l’ordre d’établir des Anciens ?

Et d’abord, un tel ordre n’a point été donné à Timothée. Il l’avait été à Tite, ce qui, en passant, prouve que, puisque Paul avait laissé Tite en Crète exprès pour cela, les églises n’avaient ni autorité, ni mission pour le faire. Et, comme l’ordre d’établir des Anciens n’a pas été donné à Timothée, le « comment il faut se conduire » ne s’applique en aucune façon à la nomination des Anciens, ainsi qu’on s’est efforcé de le faire croire. En outre, lorsque je trouve ce qui concerne des veuves, les veuves d’aujourd’hui peuvent en profiter, parce qu’elles se trouvent dans la position en question. Pour profiter des directions données à Timothée, il faut aussi être dans la position où Timothée se trouvait. Et, si l’on n’y est pas, prétendre agir comme Timothée, c’est non pas obéir, mais s’arroger la position de Timothée (*). Là où je trouve les qualités voulues dans cette épître, et l’œuvre excellente faite, je reconnaitrai et j’appuierai, avec l’énergie que Dieu me donne, ce que Dieu a donné et sanctionné. J’engagerai d’autres personnes à faire valoir tout ce qui se trouve de ses grâces, si Dieu m’y appelle dans sa grâce. Plus je vois les pertes que l’Église a souffertes, plus je m’attacherai à faire valoir en elle tout ce que, dans sa longue patience et sa bonté suprême, notre Dieu nous a laissé, afin que nous puissions le glorifier, en lui en rendant grâce avec un sentiment encore plus profond que si je jouissais de tout. Cela est bien différent que de dire : je peux tout ce que des Apôtres et des Timothée ont fait, et que d’accuser de désobéissance ceux qui ne se soumettent pas à une pareille prétention.

 

(*) Je répète ici ce que l’auteur anonyme cite de mes écrits, savoir, qu’imiter les Apôtres ce n’est pas obéir. Il cite cela pour montrer que nous pouvons faire les mêmes choses qu’eux sans autorisation, et, par conséquent, de la manière que nous le voudrons, et sans être tenus à les imiter. C’est tordre mes paroles d’une manière indigne d’un sujet si grave. Je dis qu’imiter les Apôtres, c’est-à-dire, prétendre agir avec la même autorité qu’eux, ce n’est pas obéir. Et l’auteur se sert de ces paroles pour montrer que nous pouvons le faire, et le faire à notre gré selon nos vues.

 

§

 

Et, lors même que Timothée et Tite ont eu une mission spéciale, et, pour ma part, je ne comprends pas qu’une âme vraiment soumise à la Parole puisse le nier, les autres parties de la Parole ne jettent-elles aucune lumière sur cette question?

Oui, beaucoup.

Les épîtres nous instruisent par leur silence absolu. Si les épîtres à Timothée et à Tite sont remarquables par les instructions détaillées qui montrent qu’une charge spéciale leur avait été confiée, les épîtres aux Églises n’abordent jamais la question de l’établissement des Anciens, chose singulière assurément, si cet établissement était un devoir général de l’Église dans tous les siècles.

L’occasion d’en parler ne manquait pas.

Paul n’était pas encore allé à Rome. Il écrit aux chrétiens de cette ville, chrétiens dont la foi était célèbre dans tout le monde. Il parle de l’exercice des divers dons et grâces, selon ce que Dieu avait départi à chacun. Parmi d’autres dons et d’autres grâces, il mentionne ceux qui étaient des conducteurs, des personnes qui allaient devant le troupeau, qui lui servaient de guide et de « colonne » (προϊστάμενοι). Pas un mot d’Anciens. Pas l’apparence d’un commandement d’en établir comme seul moyen de marcher dans l’obéissance.

Si quelque allusion à cet office devait se trouver quelque part, c’est dans l’épître aux Corinthiens. Il y avait, à Corinthe, du désordre, du péché, des détails à régler. Aucune mention quelconque d’Anciens ; aucun commandement d’en établir.

Dans les épîtres aux Galates, aux Éphésiens, aux Colossiens, rien.

Dans celles aux Thessaloniciens, écrites les premières, l’Apôtre exhorte les fidèles à reconnaître à cause de l’œuvre qu’ils font, ou plutôt à connaître ceux qui travaillaient, à prendre connaissance de ceux qui travaillaient au milieu d’eux et qui les conduisaient (*) ; preuve plus qu’évidente que personne n’avait été officiellement établi au milieu d’eux, et que l’Apôtre ne sentait pas le besoin de rien faire de pareil; preuve non moins évidente que l’on pouvait fort bien aimer des personnes aussi utiles à l’Église, les reconnaître et leur obéir dans l’affection chrétienne, sans qu’aucune nomination officielle leur eût donné le droit d’exiger cette obéissance officiellement, ni d’imposer cette obéissance à ceux qui n’avaient ni foi ni affection ; ce qui est précisément la façon d’agir du clergé.

 

(*) Et c’est le même mot que nous avons remarqué, Rom. 12.

 

L’épître aux Philippiens mentionne des Évêques, sans ajouter un mot de plus.

Pierre reconnaît les Anciens en se plaçant sur la même ligne qu’eux.

L’épître aux Hébreux exhorte à obéir aux conducteurs en suivant leur foi, parce qu’ils veillent sur les âmes comme responsables de cela... et non parce qu’ils avaient été officiellement établis.

Jamais l’obéissance n’est placée sur ce misérable terrain charnel ; encore moins est-il dit que l’obéissance soit impossible sans cela ; mais bien le contraire.

Il ne se trouve nulle part, ni dans les épîtres aux églises, ni dans les épîtres adressées aux chrétiens en général, le moindre mot relatif au choix ou à l’établissement des Anciens, ni à la nécessité d’en choisir et d’en établir ; tandis qu’on y trouve qu’il y avait des conducteurs, que les fidèles étaient exhortés à reconnaître et à respecter par de tout autres motifs que celui d’un établissement officiel. Quelle confirmation de ce que nous avons déjà abondamment démontré en examinant les épîtres à Timothée et à Tite !

Les Actes des Apôtres ne laissent, de leur côté, aucun doute. Là, les Apôtres (*) Barnabas et Paul choisissent des Anciens pour les troupeaux en chaque ville. L’auteur anonyme parle de l’inexactitude des traductions françaises de ce passage. Il a raison, car elles ajoutent à tort ces mots : par l’avis des assemblées (**). Or, le mot ainsi paraphrasé signifie tout simplement : ils choisirent. Étymologiquement, il fait allusion à l’acte d’étendre la main, manière ordinaire de voter ; mais sa signification régulière, c’est choisir ; et il est employé en ce sens deux fois encore dans le Nouveau Testament (2 Cor. 8:19, et Actes 10:41 [« témoins auparavant choisis de Dieu »]), passages qui ne laissent aucun doute sur sa signification. L’autorité des dictionnaires les plus estimés confirme ce que ces passages indiquent.

 

(*) Nos adversaires, poussés à bout, ont voulu nous persuader que Paul et Barnabas n’étaient pas même Apôtres. L’Esprit de Dieu les appelle ainsi dans leur premier voyage, Actes 14:27, et Saint-Paul insiste sur son apostolat comme étant indépendant de toute instrumentalité humaine : « non de la part d’aucun homme ». Aussi peut-on voir, 1 Cor. 9:6, la place qu’il donne à Barnabas ainsi qu’il se la donne à lui-même.

 

(**) Si je ne suis pas mal informé, notre auteur a donné à entendre que la nouvelle édition de la traduction de Lausanne portera : établir par l’imposition des mains. Je ne puis le croire ; mais, s’il en était ainsi, ce serait fausser la Parole. Il y a quelque apparence que, plus tard, à l’époque où le clergé prit son essor, ce mot avait été revêtu du sens qu’on voudrait ici lui donner.

 

§

 

L’auteur anonyme parle d’Apôtres d’un genre inférieur, comme Junius, Andronique et Barnabas, envoyés par les églises. La Parole de Dieu ne donne lieu à aucune pensée pareille. Il y avait, pour certains objets, des envoyés des églises. Mais la Parole de Dieu ne dit nulle part que Junius, Andronique et Barnabas eussent été envoyés par une église. Il y a un messager d’une église que l’Écriture appelle envoyé. C’est Épaphrodite. Mais les Philippiens ne l’avaient envoyé que pour porter des secours temporels à Paul, prisonnier à Rome (Phil. 2:25).

Lorsque Barnabas a été envoyé, Paul y était aussi bien que Barnabas, et c’est l’Esprit et non l’Église qui les a envoyés. De sorte qu’il ne s’agit pas dans ce passage d’Apôtres d’un ordre inférieur envoyés par l’Église. Il faudrait, pour en venir là, dire que St.-Paul, aussi bien que Barnabas, était un Apôtre d’un ordre inférieur; et ce serait tout simplement jouer le rôle des méchants Juifs de son temps.

 

§

 

Ce que l’auteur dit au sujet du Baptême est assez malencontreux. Les Apôtres ne baptisaient guère ; ils laissaient ce soin à d’autres. Paul dit qu’il n’a pas été envoyé pour cela ; tandis que d’autres personnes le faisaient sans avoir besoin d’autorisation. Nous avons, au reste, déjà répondu à tout ceci.

 

§

 

L’auteur dit qu’il n’y a aucune infidélité à confier au presbytère le soin d’établir des Anciens. La question est : À qui Dieu a-t-il confié ce soin ?

Au reste, confier ce soin au presbytère, c’est cacher une difficulté d’une manière assez singulière. On confie au presbytère le soin d’établir des Anciens. Mais, d’après la constitution, le presbytère est l’assemblée des Anciens ; de sorte qu’ils sont déjà établis. Et qui est-ce qui a fait cela ? C’est à la commission préparatoire que l’on a confié la préparation de cette tâche difficile et importante ; puis, les membres de l’Église évangélique l’accompliront ; de sorte qu’elle n’est confiée ni au presbytère, ni, selon la doctrine de l’auteur, à l’évangéliste, à moins que le presbytère ne prépare la chose de manière à se nommer lui-même. Il parait que ce que la Parole en dit n’est d’aucune importance. On peut procéder aussi bien d’une façon que d’une autre.

Voici donc l’auteur relégué sur le même terrain que le journal La Réformation, savoir « l’ordre humain et la liberté évangélique », et cela, tout en accusant les frères de vouloir mettre de côté la Parole. Il a une pleine liberté de faire ce qu’il veut. Peu importe ce que les Apôtres ont fait. Peu importe le fait qu’ils avaient confié la tâche en question à des délégués spéciaux, sans jamais reconnaître aux églises aucune capacité pour l’accomplir. Pourvu qu’on établisse des Anciens, on n’est nullement tenu à suivre la voie apostolique. Puis, l’Église évangélique dit une chose, la fait, et l’auteur anonyme la fait avec elle.

Ici, l’on fait retentir aux oreilles un mot qui résonne très-bien ; c’est celui de presbytère. C’est le presbytère qui agit. Mais, lorsqu’on traduit ce mot, tout s’évanouit. Le presbytère est précisément l’assemblée de personnes qu’il faut créer.

 

§

 

L’auteur anonyme dit encore que, si le choix appartenait aux Apôtres et à leurs mandataires, notre vue se concevrait bien ; mais que nous oublions que c’est l’établissement, et non le choix des Anciens, qui a été attribué à Timothée et à Tite ; qu’il n’est dit nulle part que les Apôtres en eussent eux-mêmes choisi, et que les versions françaises de ce mot (Actes 14) sont fausses. Nous avons vu qu’en effet elles le sont en ce qu’elles ajoutent : « par l’avis des assemblées » ; et c’est l’avis de l’assemblée que maintenant l’on veut suivre à Genève ; c’est-à-dire, que la Parole a été faussée pour sanctionner le système. Timothée n’a pas, que nous sachions, établi des Anciens. Tite a été envoyé pour cela ; mais il n’est pas parlé d’autre chose que de l’acte de Tite lui-même. Tite, et Tite lui seul, a établi des Anciens. L’Apôtre ne laisse pas percer l’idée de l’action d’un autre que de celui qu’il a envoyé au milieu de ces Crétois toujours menteurs ; il ne dit pas davantage que Tite ait associé d’autres personnes à son œuvre. L’auteur anonyme prétend que l’Écriture ne dit nulle part que ce choix appartint aux Apôtres, ni qu’ils eussent eux-mêmes choisi des Anciens. Or, le fait est, et il a été pleinement démontré, que l’Écriture dit très-positivement que les Apôtres ont choisi des Anciens pour les fidèles (*) en chaque église (Act. 14:23). Il est vrai que les versions françaises ont mal rendu ce passage, en ce qu’elles ont ajouté : par l’avis des assemblées. L’auteur ne dit pas que l’erreur des traductions consiste à faire agir ici les assemblées, comme il veut lui-même faire agir un certain nombre de fidèles qui ne composent pas même encore une assemblée.

 

(*) L’auteur anonyme cite M. Wolf à l’appui de son assertion, en disant que ceux qui en appellent à Act. 14:23, ignorent que la traduction en est mauvaise, et en ajoutant : Voir à ce sujet : Le Ministère, par Wolf, p. 20. J’avoue que je ne comprends pas ceci. M. Wolf rejette, ainsi que je l’ai déjà fait, les mots : par l’avis des assemblées, et insiste sur ce qu’il ne s’agit pas de faire voter, que les Apôtres aient, à eux seuls, établi des Anciens, le mot leur ayant établi excluant même l’idée que le troupeau y ait pris part. Le fait est tout simplement que le mot grec, qui signifie choisir, élire, a signifié premièrement voter à main levée, puis, en général, élire. Les Apôtres choisirent des Anciens pour les églises.

 

§

 

Du reste, quant aux Diacres, aucune analogie. Lorsqu’il s’agit d’argent, les Apôtres se retirent pour vaquer à leur œuvre ; et, plus tard, Paul a refusé de se charger de distribuer les offrandes des saints, à moins qu’il n’y eût avec lui quelqu’un de choisi par les églises pour y coopérer, afin que sa conduite ne donnât pas lieu au moindre soupçon qui pût nuire à son ministère. Quelle analogie y a-t-il, quant à la source de l’autorité qui y était en exercice, entre le soin des tables et de l’argent, et les soins et le gouvernement des troupeaux de Dieu. Les Apôtres voulaient que le troupeau fût satisfait quant aux choses temporelles, qu’il n’y eût aucun sujet de mécontentement, de jalousie, ni de soupçon. Ce principe ne s’applique pas aux Anciens, pour lesquels les deniers ne sont rien, et dont l’autorité s’exerce d’après ce qui est donné d’en haut.

 

§

 

À la fin de son ouvrage, l’auteur anonyme se prévaut du fait que Moïse n’a pas dit qui devait verser l’huile sur la tête du Sacrificateur, quand celui-ci succédait à son père défunt.

L’analogie qu’on veut y voir avec la question des Anciens me parait sans force, et voici pourquoi. C’est que le successeur éventuel du souverain sacrificateur était désigné par Dieu lui-même. Le fils aîné était, de plein droit, sacrificateur après la mort de son père. La généalogie lui conférait le droit d’être sacrificateur.

Dans le cas des Anciens, il s’agit d’une nomination, d’un choix de personnes convenables.

Toute la loi dépendait de ce principe hiérarchique (voyez Héb. 7:12). Le mot établissement cache cette différence. Il ne signifie pas la même chose dans les deux cas.

Lorsqu’il s’agit des Anciens, il faut que quelqu’un les nomme officiellement. Si cela est fait avec l’autorité de Dieu, l’imposition des mains sera une chose peu importante. De sorte que l’analogie ne subsiste pas, parce que, dans l’un des cas, établir signifie désigner, et que, dans l’autre, la désignation était déjà faite de la part de Dieu lui-même, différence qui va au fond de la question.

Et, quant à l’autre partie de l’analogie, savoir l’imposition des mains, il n’est jamais dit, dans la Parole, qu’on dût imposer les mains aux Anciens. D’après les habitudes de ce siècle-là, on peut bien supposer que cela avait lieu ; mais Dieu a pris soin que le fait ne fût pas constaté dans la Parole. Sa toute-sagesse connaît tout d’avance. De sorte que cette partie formelle de l’analogie manque aussi. Ainsi, l’analogie n’existe ni dans le fond, ni dans la forme.

La désignation des sacrificateurs par leur généalogie était d’une importance telle que, lorsque, du temps de Néhémie, quelques sacrificateurs ne purent montrer la leur, ils furent rejetés comme souillés. Or, ce que nous demandons, c’est précisément cette désignation, conformément à ce qui est dit dans le Nouveau Testament. Celui qui relève, à l’imitation de Néhémie, devrait respecter le Nouveau Testament, comme cet instrument de Dieu a respecté l’Ancien, lorsqu’il s’agit précisément du point auquel l’analogie en question s’applique.

Lorsque le désordre eut interrompu la succession, et que l’office fut envahi par des personnes qui, tout en étant sacrificateurs, n’avaient pas le droit d’exercer les fonctions de souverain sacrificateur, ce qui a eu lieu du temps du Seigneur Jésus, personne n’a pensé à élever, à côté de ceux qui s’y trouvaient à tort, d’autres personnes à la souveraine sacrificature. Les fidèles cherchaient ailleurs la rédemption d’Israël.

Historiquement parlant, l’auteur anonyme aurait de la peine à démontrer qu’après Aaron, le souverain sacrificateur ait été oint. Dans le cas d’Éléazar, il n’en est pas fait mention.

 

§

 

L’auteur anonyme va plus loin, et pense « que les Apôtres se sont, en effet, trompés ». Il semblerait que cela le rassure sur le danger que lui et ses collègues courent de se tromper aussi. Mais, pour ne rien dire d’un tel raisonnement (car ce désir d’arranger un gouvernement ne respecte vraiment rien), comment n’a-t-il pas été arrêté par cette expression : « Le Saint-Esprit vous a établis Évêques ? » (Actes 20:28.) Le Saint-Esprit s’est-il donc trompé ? L’auteur osera-t-il dire à ceux qu’il aura établis à Genève que le Saint-Esprit les a établis sur le troupeau de Dieu, qu’il a racheté de son propre sang (*) ?

 

(*) On se prévaut de la phrase : « et il se lèvera d’entre vous-mêmes des hommes qui annonceront des doctrines corrompues », comme si ces paroles s’appliquaient aux Anciens, auxquels Paul s’adressait. Mais il est de toute évidence que le « d’entre vous-mêmes » s’applique à tous les chrétiens de l’endroit. Pour s’en assurer, on n’a qu’à lire le verset 29 : « Il entrera parmi vous des loups très-dangereux ». Le « parmi vous » désigne clairement les chrétiens dont les Anciens avaient à prendre soin ; et ces mots : « il se lèvera d’entre vous-mêmes » contrastent avec le fait qu’il en entrerait du dehors parmi eux, et ils s’appliquent également aux chrétiens. À cause de cela, les Anciens devaient veiller, et veiller non contre eux-mêmes. Et, lorsque l’Apôtre dit : « Je n’ai cessé d’avertir chacun de vous », il ne veut pas dire qu’il a seulement averti les Anciens. Ainsi, les raisonnements par lesquels on voudrait ne voir que les Anciens dans le « vous » employé dans ce passage, n’ont absolument aucune force.

 

C’est là le fond de la question. Pour répondre à ceux dont parle la Parole de Dieu, les Anciens doivent être les Anciens que le Saint-Esprit a établis sur le troupeau de Dieu ; sinon, ce n’est qu’une secte avec les chefs que cette secte a voulus. Or, il s’agit évidemment ici de l’unité visible de l’Église de Dieu, unité visible que l’auteur a reconnue être perdue. Or, la première chose à faire, c’est de rétablir, de former ce troupeau de Dieu.

 

6         Chapitre 6

Je me contente maintenant de la question relative à Genève, bien que je croie qu’il serait impossible de le faire avec réalité dans un seul endroit pendant la dispersion générale des brebis. Mais bornons-nous à considérer un seul endroit. Si je reconnais ceux que Dieu a fait travailler à cette œuvre excellente avec les qualités exigées, je ne fais que me soumettre à ce que Dieu a manifesté, l’appuyer et l’honorer. Mais si je dis : Vous ne pouvez obéir, à moins que nous ne les établissions officiellement, dans ce cas, tout dépend de l’autorité qui établit, et de ce que l’œuvre corresponde réellement à ce que nous trouvons dans la Parole. Nos frères de Genève, et l’auteur anonyme avec eux, ont-ils pu rétablir le troupeau de Dieu ? Sinon, de quoi leurs Anciens sont-ils Anciens ? Peuvent-ils, en vertu de leur nomination officielle, dire : « Sur lequel le Saint-Esprit nous a établis Évêques ? » Car ils disent qu’on ne peut obéir qu’en vertu de cette nomination. Pour ma part, je puis agir sans crainte et sans hésitation selon le principe que j’ai exposé, tout en reconnaissant que nous sommes dans la faiblesse ; et je le puis, parce que je suis sur le terrain des preuves morales et de l’œuvre faite par le Saint-Esprit ; et c’est ma joie de reconnaître son œuvre là où elle se trouve.

Vous, frères de l’Église évangélique à Genève, vous ne le pouvez pas. Vous vous fondez absolument sur la nomination et sur l’établissement officiel. C’est, nous dites-vous, à cause de cela qu’on peut dire que le Saint-Esprit les a établis sur le troupeau de Dieu. Où est-il ce troupeau ? Est-ce vous, poignée de fidèles ? Où est l’autorité du Saint-Esprit ? C’est nous exclusivement, dites-vous, qui l’exerçons, qui la mettons en mouvement, et, sans cela, il n’existe rien à quoi vous puissiez obéir. Nous voilà jetés dans l’étroitesse de l’ancienne dissidence (*), plus le clergé ; et, si nous ne vous reconnaissons pas, et que nous ne reconnaissions pas ce que vous faites comme obligatoire pour nos âmes, nous rejetons la Parole de Dieu ? Lequel est-ce de vous, ou de nous, qui prête le flanc au système romain ? ou bien vous, qui nous dites que l’obéissance est impossible, si ceux à qui l’obéissance est due n’ont été officiellement établis par l’Église sur la terre ; ou bien nous, qui acceptons ce que Dieu nous donne au milieu de la ruine qui nous entoure, et qui agissons selon la précieuse promesse que, là où deux ou trois sont réunis au nom du Seigneur Jésus, il sera au milieu d’eux ?

 

(*) Congrégationalisme à part, il n’existe aucune différence quelconque entre les principes émis par ces Messieurs et ceux de M. Rochat. Ce qu’ont dit l’auteur anonyme et M. Merle a été dit par M. Rochat, seulement avec moins de prétention. Voyez la brochure de M. Rochat, intitulée : Réponse à l’écrit anonyme, etc., p. 14-18.

 

[Note Bibliquest : il paraît que Mr Merle dont parle l’auteur est Jean Henri Merle d’Aubigné, auteur de l’Histoire de la réformation (5 volumes au temps de Luther ; 8 volumes au temps de Calvin)]

 

Frères, sachez que nous avons fait l’expérience de la fidélité de notre bon Maitre à sa divine promesse, et que, pour en jouir, tout faibles que nous sommes, il ne nous a pas été nécessaire d’attendre votre commodité, ni d’adhérer à vos prétentions à rétablir l’Église de Dieu.

 

§

 

Afin de faire disparaître ce schisme affligeant, vous voulez, et M. Merle insiste là-dessus, que nous venions à vous, que nous soyons un avec nos frères. Depuis quand ce besoin pressant de nous avoir au milieu de vous ? Depuis quand avez-vous fait cette découverte que le clergé est du Diable ? Depuis quand avez-vous fait, et M. Merle a-t-il fait, la découverte qu’il faut absolument avoir ces Anciens, dont on s’était passé jusqu’ici ; que, ne pas venir se soumettre à eux, c’est saper les fondements de toute obéissance et de toute moralité ; et, enfin, que ne pas nous ranger à votre œuvre, c’est nous constituer coupables de tous les péchés ? Vous faites des Anciens, je pense, parce que vous n’en aviez point. Que pensez-vous donc de votre obéissance et de votre moralité jusqu’au moment présent ? Frères, de pareilles prétentions et de si gros mots arrivent un peu tard. Est-ce depuis votre convocation pour nommer une commission préparatoire que « la morale chrétienne est compromise dans cette affaire » ?

L’auteur anonyme nous dit : « C’est pourquoi nous relevons, à leur exemple (d’Esdras et de Néhémie), dans la mesure du possible, ce qui est tombé ».

Ah ! qu’est-ce donc qui est tombé ? Il ne s’agit pas ici du « point de vue des frères ». Vous relevez, vous faites quelque chose, vous. Vous relevez l’Église tombée, et c’est bien là ce que vous prétendez faire, ainsi que Néhémie l’a fait à l’égard d’Israël. C’est l’analogie dont vous vous prévalez. C’est donc l’Église tombée, c’est donc l’économie déchue que vous relevez.

Ah ! me direz-vous, nous parlons seulement au point de vue des frères.

Il ne s’agit pas uniquement de parler. Vous faites quelque chose ; vous agissez. Et, dites-le-nous, agissez-vous au point de vue des frères ? Dans ce cas-là, ce point de vue est donc vrai à vos yeux. Vous relevez ! Comment relever, si rien n’est tombé ? L’Église, l’économie donc, vous les croyez en chute ! Et vous prétendez les relever avec une telle autorité de la part de Dieu, que, si nous ne reconnaissons pas ce que vous faites, nous ne pouvons obéir, ou, selon le langage de M. Merle, nous sommes coupables de tous les péchés possibles selon le principe posé par St.-Jacques, si nous n’obéissons pas à ce que vous faites.

Mes frères, pardonnez-nous, si nous n’admettons pas des prétentions aussi exorbitantes. Nous trouvons qu’en admettant la ruine (et vous l’admettez, car vous ne pouvez relever ce qui ne serait pas tombé, ni agir comme Néhémie, si, de fait, tout n’est pas en ruine), vous exigez trop ; vous élevez des prétentions trop exagérées.

C’est le romanisme tout pur.

L’obéissance, dites-vous, est impossible en dehors de votre système ; et, pensez-y, d’un système qui n’est pas encore établi. Et vous nous tenez ce langage, vous qui, jusqu’à aujourd’hui, avez vécu dans la désobéissance, car vous n’aviez pas ces Anciens indispensables, puisque vous allez en établir !

Je déclare devant Dieu que, si, à Genève, j’avais trouvé de véritables Anciens, qui, sans prétentions, soignassent l’Église de Dieu à Genève, pour autant que le Saint-Esprit l’avait rassemblée, j’en aurais béni Dieu, et je m’y serais soumis de tout mon cœur.

Ainsi que je l’ai déjà dit, j’ai essayé de le faire.

Mais, lorsque, pour m’attirer, l’on vient me dire que ce clergé, auquel on a si opiniâtrement tenu jusqu’à hier, est du Diable, et qu’en outre, l’on affirme que je ne puis obéir sans l’établissement humain, officiel d’un corps à part ; lorsqu’on raisonne comme si ceux qui agissent dans ce nouveau mode formaient à eux seuls le troupeau de Dieu, et qu’on représente tous ceux qui n’y marchent pas comme en péché de schisme, j’avoue qu’une prétention semblable éveille en moi une profonde défiance. Je crains qu’on ne relève, non pas l’Église, non pas l’économie déchue, je révoque en doute leur capacité pour une telle œuvre, mais ce qui est tombé, ce qu’ils savent très bien être tombé, et, aux yeux de ceux qui sont enseignés de Dieu, tombé à tout jamais.

Nous le répétons : nous ne supprimons rien. Preuve en est qu’au moment où j’écris, vous n’avez pas encore créé l’ordre auquel vous voulez que nous nous soumettions.

Vous créez quelque chose, et, en le faisant, vous avez compromis l’existence de l’église réformée depuis son origine ; car l’obéissance y a été impossible ; ce à quoi elle avait été soumise est du Diable ; vous nous le dites. Elle a été coupable de tous les péchés à la fois. La morale chrétienne y a été compromise. On a touché à la prunelle de l’œil, au trône de Dieu ; car ces Anciens, que vous allez établir, en relevant ce qui est tombé, n’y existaient pas. C’est bien le clergé, qui s’y trouvait, dont vous ne voulez plus.

Je crois bien que de telles prétentions ne se retrouveront pas dans un grand nombre de cœurs ; mais ils n’en seront pas moins soumis à ceux qui les affichent (*).

 

(*) Je n’ai jamais rien lu de plus parfaitement pareil aux prétentions romaines que les pages 36 et 37 du Rapport de M. Merle.

 

§

 

M. Merle déclare, il est vrai, qu’il se fait gloire d’appartenir à l’église réformée. À laquelle ? Où est-elle cette église réformée ? Je le demande avec un profond sentiment de douleur (car, quelles que soient les attaques de nos adversaires, l’état de l’Église et le résultat actuel du beau témoignage du seizième siècle, ou plutôt de l’infidélité de l’homme à l’égard de ce témoignage, ont été pour moi une leçon apprise avec des pleurs, et dans une angoisse profonde) : À quelle église réformée est-ce que l’écrivain brillant de l’Histoire de la Réformation appartient ? Il en fait une nouvelle. Il prête la main à établir des institutions qui s’opposent à celles que Calvin a établies à Genève. Appartient-il au Synode de l’église réformée de France, ou à ceux qui, par des convictions que chacun respectera, s’en sont séparés ?

Hélas ! tout est en ruine. Nous dépendons de la fidélité de Celui que la ruine ne peut atteindre. M. Merle a attaqué fièrement ceux qui en ont eu la conviction. Maintenant il y croit, il établit quelque chose de nouveau, en nous disant : Il faut que vous veniez ! Et cela tout en disant qu’il se fait une gloire d’appartenir à ce qui n’existe plus, à ce qu’il a abandonné, pour autant que cela existe, et abandonné par des convictions consciencieuses, pour lesquelles je serais le dernier à le blâmer ; mais il l’a de fait abandonné. Car, en définitive, au milieu des églises libres, qui surgissent de tous côtés pour faire respecter les droits de Christ, pour maintenir la saine doctrine, pour établir des Anciens qui n’existaient pas et sans lesquels on ne pouvait obéir, où est cette église réformée à laquelle M. Merle appartient ?

Non. La vérité perce malgré eux. Ils veulent relever ce qui est tombé, et ils veulent que ce soit à eux et à leur commission préparatoire que nous en confiions la tâche.

Venez à nous, s’écrient-ils, et ainsi vous ferez cesser un schisme qui afflige l’Église.

Vous êtes donc l’Église dans son unité ; et, hors de vous, c’est le schisme.

Eh bien ! je ne le crois pas. Le langage que vous faites entendre est celui de Rome. Je suis venu à Christ. Je ne vois pas encore le besoin d’aller plus loin ; ce serait quitter Christ.

Et qui est-ce qui nous adresse une telle invitation ?

C’est l’écrivain qui publiait naguère que le ministère, c’est-à-dire le clergé, était cette gloire qui devait durer, dont il est fait mention 2 Cor. 3:11, et qui termine l’exhortation, dont nous parlons, en se demandant des choses qui, malgré les talents que je lui reconnais très-sincèrement, trahissent, quant aux voies de Dieu, et particulièrement à l’égard de ce qui nous occupe en ce moment, une ignorance qu’on aurait eu de la peine à supposer chez lui. Voici ses paroles : « Quand on voit comment les chrétiens évangéliques se sont fermement casés dans des dénominations différentes, on se demande si cette grande union « d’un seul troupeau sous un seul berger » s’accomplira sur cette terre avant quelque période future, enveloppée encore de mystère ; et si, pour fondre toutes les petites cloches des églises particulières en une grande cloche de l’Église universelle de Christ, qui par ses sons majestueux appelle le monde à croire en Celui que le Père a envoyé, il ne faudra pas une intervention immédiate de Celui qui, au jour où il paraîtra, sera comme le feu de celui qui raffine ».

En ajoutant le dernier paragraphe du rapport, qui demande la venue de Jésus dans les termes d’Apocalypse 22, pour venir habiter au milieu de l’Église, comme Celui qui seul peut multiplier au milieu de nous de cordiales affections, je le demande à ceux qui ont des idées sobres et réfléchies sur les révélations de la Parole de Dieu : que pouvons-nous penser d’une déclaration qui lie les passages qu’il cite au désir de fondre les églises particulières dans l’Église universelle de Christ sur la terre, et de produire cette grande union d’un seul troupeau sous un seul berger, pour appeler le monde à croire en Celui que le Père a envoyé ? Et, sans parler des détails, je demande si ce n’est pas ignorer les premiers éléments de la révélation de Dieu, telle que nous l’avons dans la Parole, confondre la grâce avec le jugement, l’Évangile avec le règne personnel de Jésus, la gloire avec la patience des saints et la grâce de Dieu, le ciel avec la terre ?

Et, dans un moment critique et sérieux, on se présente, pour nous conduire, comme possédant l’intelligence des voies de Dieu ! Et on le fait, en exprimant des pensées où il règne une incroyable confusion !

Cela est-il propre à commander notre confiance envers ceux qui s’avancent pour relever ce qui est tombé, et pour donner une direction au mouvement du jour ?

 

§

 

Oui. Il s’agit de relever et de rétablir non-seulement des Anciens, mais le troupeau de Dieu auquel, selon eux, ces Anciens doivent être préposés. Ils ne nient pas que ce qui est résulté du premier établissement des Anciens ne soit sous la puissance de l’ennemi. Ils font une nouvelle Église, un nouveau presbytère, un presbytère tellement nouveau qu’ils ont institué une commission préparatoire pour savoir comment il faut y procéder. Que puis-je y voir, sinon une secte avec de plus grandes prétentions que d’autres ?

Ils commencent la chose. Ceux qui imposent les mains, d’où viennent-ils ? Est-ce l’ancien clergé qui le fera ? Tout le monde peut-il le faire ? Cela importe, car il s’agit d’une autorité si nécessaire et si obligatoire que, sans elle, les Anciens ne peuvent exister ni les fidèles obéir.

 

7         Chapitre 7

Pour moi, je ne suis pas dans cette difficulté.

L’Apôtre Pierre parle des Anciens d’une manière qui n’implique nullement l’idée d’une nomination officielle. « Moi qui suis co-Ancien, dit-il, j’exhorte ceux qui parmi vous sont des Anciens » (1 Pierre 5:1). De la même manière, vous qui êtes plus jeunes (πρεϭβυτέροιϛ νεώτεροι), soumettez-vous aux Anciens ».

Au 15ième chapitre des Actes, nous trouvons aussi, dans l’assemblée de Jérusalem, des Anciens, dont l’établissement n’est rapporté nulle part, mais qui sont là sur le pied sur lequel Pierre les place expressément dans son épître.

Je trouve, dans l’épître aux Hébreux, des conducteurs reconnus à leur œuvre. De sorte que je ne doute nullement qu’au milieu des chrétiens d’origine juive, l’ancienneté ne fût purement une affaire morale.

Dans la première épitre aux Thessaloniciens, je vois que l’Apôtre engage les fidèles à prendre connaissance de ceux qui travaillaient parmi eux, et qui allaient devant eux, et il les exhorte à les estimer beaucoup à cause de leur travail, motif plus moral que dépendant de leur âge, quoique, je n’en doute pas, cela y entrât aussi, sauf des cas exceptionnels.

Dans l’épître aux Romains, je vois des personnes qui vont devant, des fidèles qui, dans ce sens, étaient à la tête des autres, et qui, à leur tour, sont exhortés à s’en acquitter avec diligence, de même qu’il avait dit aux Hébreux qu’ils veillaient sur leurs âmes.

On lit dans la première épître aux Corinthiens 16:15 : « Je vous exhorte, mes frères (vous connaissez la maison de Stéphanas ; vous savez que ce sont les prémices de l’Achaïe, et qu’ils se sont adonnés [voués d’une manière régulière] au service des saints), que vous soyez soumis à de telles personnes, et à chacun qui travaille et se donne de la peine ».

J’ai donc, dans la Parole de Dieu, des autorités très-claires pour reconnaître ceux qui se trouvent dans la position en question ; j’ai des règles pour ma conduite à leur égard, et pour leur conduite au milieu du troupeau. J’en profite, et les troupeaux sont appelés à en profiter. Ils peuvent le faire, sans prétendre à être le troupeau de Dieu (*), tandis qu’un grand nombre de fidèles resteraient en dehors de leur réunion, et de ce nombre, peut-être, ceux qui seraient véritablement les Anciens si tous étaient rassemblés ; et ils peuvent le faire sans fausser leur position d’une manière très-grave, ce qui arriverait s’ils prétendaient être ce qu’ils ne sont pas ; ils peuvent le faire sans établir ce que Dieu devrait mettre de côté, s’il faisait une œuvre plus complète ; car cela les constituerait en secte. Ils peuvent jouir, selon Dieu, de tout ce que Dieu leur a donné, sans nier l’état de ruine de l’église visible, état qui a mis le désordre partout, et dont l’oubli démontre, hélas ! que la conscience n’est pas atteinte par ce qui tient de près au cœur de Christ, et qui devrait nous être profondément douloureux.

 

(*) Je ne fais pas d’objection à ce que le troupeau soit appelé église, sinon la crainte que, à l’imitation de l’ancienne dissidence, il ne se fasse l’idée qu’il est l’église de l’endroit. La Parole reconnaît tous les chrétiens d’un lieu comme formant l’Église de ce lieu.

 

L’auteur du traité Faut-il établir des Anciens ? nie la possibilité d’obéir aux passages que nous venons de rappeler.

Je suis profondément convaincu que le fondement ainsi posé dans la Parole est le fondement le plus sûr, et que la marche, qui se dirige en conséquence, est la vraie marche.

Ainsi, je puis respecter, selon la mesure de leur travail, ceux qui ne sont pas pleinement manifestés selon ce qui est exigé pour la charge, et sans élever, dans une position nuisible pour lui-même, position qu’il ne pourrait remplir au profit des autres, celui qui ne possède pas toutes les qualités exigées pour cette charge.

 

§

 

Exiger l’établissement des Anciens, c’est aussitôt se plonger dans toutes sortes de questions au sujet de leur établissement ; il faut cacher son impuissance sous de belles phrases, et tomber dans un dédale de tâtonnements qui aboutissent toujours au clergé.

Qui les choisira ? Qui les établira ? Qui leur imposera les mains ? Si l’on n’est pas d’accord, voilà une nouvelle secte.

Dès le commencement, les frères ont agi selon le principe que j’ai tiré plus haut de la Parole de Dieu. Peut-être, en quelques endroits, ne tirent-ils pas de ces passages le profit qu’ils pourraient. Je crois, d’ailleurs, qu’à mesure de la déchéance de l’Église, les Anciens étaient plus en scène. Mais, dès-lors, tout est changé. Il s’agit maintenant de recommencer ; et la nomination officielle fait surgir la question de savoir qui la fera cette nomination, question à laquelle la Parole de Dieu ne vous répondra qu’en vous faisant sentir l’absence de ceux dont l’autorité pouvait la résoudre. Non qu’ils la résolussent par une révélation, nous la possédons tout entière, mais par une autorité qui leur avait été confiée et que vous ne possédez pas. La prétention de l’exercer est, ou bien le joug du papisme, ou bien le désordre de quelques-uns qui en imposent, et qui en imposent uniquement à ceux qui les suivent.

Et même, sont-ils d’accord entre eux ?

Loin de là. Si on les consulte, je ne saurai lequel écouter.

L’un me dit que tout est libre ; que la Parole ne fait pas loi.

Un autre me dit : Elle fait tellement loi que je ne puis obéir qu’en nommant des Anciens.

Un troisième me dit : Pasteur et Ancien sont la même chose.

Non, dit un quatrième. Je vous assure que l’examen de la Parole démontre le contraire.

Un cinquième allègue que le mot grec, qui signifie choisir, veut dire : faire voter les autres.

C’est une erreur, s’écrie un sixième.

Enfin, on clôt l’entretien en me disant que, si je ne me joins pas à eux, je suis désobéissant et schismatique.

À qui me joindre, je vous prie ?

À nous tous.

D’après quel principe ?

Nous sommes tous d’accord.

Sur quoi ?

À avoir des Anciens nommés et à vous condamner. Maintenant, je comprends. Seulement, je vous demande quelle autorité la Parole prête à vos actes.

Il faut ! Il faut !

Enfin, je vous comprends. Je vous pardonne et je prie pour vous.

En attendant, j’obéis à la Parole, en reconnaissant les conducteurs, et je ne prétends pas faire ce que, vous, vous prétendez faire, sans même être d’accord entre vous sur ce que la Parole dit à ce sujet, sans même être d’accord sur le point de savoir si ce qu’elle en dit a quelque autorité.

Quoiqu’ils n’aient pas été nommés, je puis reconnaître ceux qui font l’œuvre excellente ; et même je les reconnaîtrais dans leur œuvre, quoiqu’ils y fussent entrés irrégulièrement, et bien que la prétention de reconstituer l’Église les place dans une position qu’on ne saurait leur reconnaitre.